Sultanat d'Oman
Adam -2017

© G. Gernez, Mission Archéologique Française en Oman Central

The excavation campaigns
(by years)


Direction

Guillaume Gernez (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

How Eveha Participates

Fouilles archéologiques

La campagne de 2017 a duré quatre semaines, du 5 janvier au 2 février. Au terme de cette dernière ce sont désormais trois installations distinctes qui ont été mises au jour sur le site de Mudhmar Est.

 

Le Bâtiment 1 est le plus grand du complexe de Mudhmar Est. Long de 15 mètres et orienté est-ouest, il repose sur le flanc du Jabal Mudhmar et a été construit en blocs de grès taillés et en briques de terre.
Le plan comprend sept espaces distincts, dont cinq sont des salles clairement définies. La fouille de ce bâtiment a été achevée durant la campagne 2016. Celui-ci, ainsi que son matériel associé, apparaissent exceptionnels : il s’agirait d’un probable lieu de rassemblement qui pourrait avoir été un lieu de venue régulière pour des populations de l’âge du Fer sans doute nomades. Son positionnement géographique et topographique en fait une place stratégique.

 

Le Bâtiment 2 apparaît pour sa part comme une structure rectangulaire orientée nord‐est/sud‐ouest. Elle mesurait 6 x 8 m, soit une emprise de 48 m2 au sol. Si les murs extérieurs étaient bien identifiables, la structure interne n’était pour sa part pas encore comprise à la fin de la campagne 2016. En effet, il apparaissait au terme de celle-ci que les murs ceignaient un importante couche de gros blocs de calcaire local qui mesuraient de 40 à 80 cm de diamètre).
La poursuite de la fouille de ce bâtiment durant la campagne 2017 a permis d’une part d’interpréter ce niveau de pierre comme une très probable couche de condamnation, mais également, après démontage de ces derniers, de mettre au jour un bâtiment sous-jacent sur poteaux plantés.
Ces derniers, au nombre de treize, forment au sol un plan cohérent. Six poteaux extérieurs, dont quatre sont en vis-à-vis et présentent des fortes profondeurs d’ancrages supérieurs à 70 cm ainsi que d’importants blocs de calage, témoignent à l’évidence de leur rôle de soutènement dans l’architectonique du bâtiment.
Les sept autres poteaux, centraux et localisés dans la partie interne du bâtiment, sont pour leur part moins profondément enfoncés, entre 40 et 50 cm, et il n’est pas possible de dire s’il s’agissait d’éléments soutenant une charpente (ou une couverture quelconque en matériaux périssable) ou simplement de poteaux dressés ayant une utilité autre qu’architecturale (« totémique » ?).
Dans tous les cas, le faible espace délimité au centre par l’espacement de ces poteaux, ainsi que la zone de circulation restreinte entre ces derniers, exclu d’emblée la possibilité d’une habitation. Les études à venir relatives à ce bâtiment qui a probablement connu plusieurs phases d’occupation et d’aménagement, ainsi qu’une mise en perspective avec des référents connus dans cette aire culturelle, devront tenter de mettre en évidence la fonction de ce dernier.
D’un point de vue chronologique, la couche supérieure de ce Bâtiment 2 a livré de la céramique, des ossements animaux et des objets en cuivre, tous datés de l’âge du Fer. Hélas, le bâtiment en bois localisé en-dessous n’a livré pour sa part aucun mobilier permettant une attribution chronologique certaine. Il faut donc, en l’état, attendre les datations par radiocarbone pour pourvoir dater ce bâtiment en bois.
La découverte – exceptionnelle – dans la partie supérieure du comblement de l’un de ces poteaux d’un sceau cylindre d’inspiration assyrienne (env. 910-610 av. J.-C.) permettrait d’attribuer également la construction de ce bâtiment à la période de l’âge du Fer. Toutefois, la localisation de cet objet sur le sommet du comblement du trou de poteau et non dedans ne permet pas d’attester son appartenance à sa phase d’aménagement : il a pu être apporté après l’abandon du poteau.

 

Enfin, consécutivement à un sondage réalisé durant la campagne 2016 qui s’est avéré positif, un troisième chantier a été ouvert durant la campagne 2017 dans la pente jouxtant le Bâtiment 1.
Cette fouille, qui se poursuivra l’année prochaine, a permis de mettre au jour un mur de blocage dans l’axe de la pente ainsi qu’un certain nombre d’aménagements (trous de poteaux, fosses, creusement dans les parois de la pente, etc.). Les couches sédimentaires venant buter contre ce mur de blocage ont livré pour leur part une extraordinaire quantité de mobilier céramique, aussi bien domestique qu’à vocation cultuelle. Elles ont également, et surtout, livré une non moins importante quantité de mobilier métallique avec près de 250 pointes de flèches en alliage cuivreux, des poignards et des éléments d’arcs, mais aussi une importante collection de serpents en cuivre, bien connus dans cette aire chrono-culturelle, et qui se rattachent sans doute possible à des activités cultuelles/religieuses.

 

Le site de Mudhmar Est apparaît donc par bien des aspects exceptionnels. Son étude permet une meilleure compréhension des modes d’organisations des populations locales durant l’âge du Fer. Elle offre un éclairage nouveau sur une région jusqu’alors considérée comme marginale : c’est l’exemple le plus méridional connu jusqu’à présent d’un type de grand centre culturel de l’âge du Fer jusqu’alors identifié dans les régions septentrionales de la pointe de l’Arabie.
Le site est remarquable par ses caractéristiques : un grand temple de l’âge du Fer ayant très certainement joué un rôle prépondérant de lieu de rassemblement pour les populations nomades de l’époque.
Il apparaît également tout aussi important par le mobilier qu’il a livré. Aussi bien les armes à vocation cultuelle, les serpents en cuivre, que le sceau-cylindre confèrent à ce site une importance première pour ce qui est de la compréhension du système de production et d’échange à cette époque dans le Golfe Arabo-Persique. L’abondance du mobilier dans les bâtiments comme dans les alentours offrent une image spectaculaire de l’importance de la région au cours de ces périodes anciennes.