Nicaragua
La Tijereta – 2016

Présentation des campagnes
(par année)


Direction

Dr Rigoberto Navarro-Genie (Directeur scientifique, Eveha Nicaragua)
Roberto Sirias (archéologue contractuel, Eveha Nicaragua)

Participation d’Éveha

Direction
Enregistrement, documentation photographique et topographique
Modélisation 3D

Profitant d’un niveau exceptionnellement bas des eaux du lac Cocibolca, il nous a été possible d’étudier en détail 118 roches gravées. Au moins 260 pétroglyphes différents ont été identifiés. La disparité comme la quantité de ces motifs en font le principal site d’art rupestre de l’île d’Ometepe, voire de l’ensemble du Nicaragua.

L’ensemble se caractérise par une faible variabilité des motifs représentés mais aussi par une grande similitude des techniques d’exécution. Tout ceci laisse penser que ces roches ont été gravées au cours d’une période relativement courte, peut-être guère plus qu’une génération.

Le sujet le plus fortement représenté est celui de l’anthropomorphe masculin. Les masques anthropomorphes de forme circulaire, carrée, triangulaire ou ovale sont également fréquents, de même que les spirales et cercles concentriques sont maintes fois représentées.

 

Cette étude préliminaire permet de mettre en exergue plusieurs éléments saillants :

– la récurrence des éléments mythologiques et/ou divins comme le soleil et l’or ;

– la fréquence des personnages affublés d’ornements et de coiffures spécifiques ;

– la possible identification de plusieurs animaux traditionnellement vénérés dans la région : singe, lézard, cerf… ;

– la préférence de la face occidentale des roches pour y réaliser les gravures ;

– un lien privilégié unissant le site au volcan voisin.

 

Pour toutes ces raisons, nous proposons de restituer au site une valeur rituelle dans un culte rendu aux hommes-déités. Il a également pu avoir une fonction de signal pour les habitants qui naviguaient sur les eaux du lac.

 

En l’état actuel, cet immense tableau de pierre reste sans équivalent direct. Il est donc difficile de le rattacher à une culture précise. Pour autant, nous proposons de l’attribuer aux ancêtres des Guatusos qui, selon R. Navarro-Genie, ont habité ce territoire. Cette proposition se fonde sur le fait que l’iconographie est très différente de celle qui ornent les céramiques des Chorotegas ou des Nahuas, c’est-à-dire des peuples qui ont occupé le site après la disparition des Guatusos. Le site serait donc pré-Chorotega et correspondrait aux périodes Tempisque (300 av. J.-C. – 300 ap. J.C.) et/ou Bagaces (300-800 ap. J.C) pour reprendre la chronologie de la zone du Pacifique du Nicaragua. Ces relations chronologiques devraient être corroborées par l’expansion des recherches archéologiques dans l’environnement proche du site. Relevons toutefois que la céramique d’un site voisin (El Guineo, Ome 22) appartient à cette période.

 

Enfin, il faut également relever l’extrême fragilité de ce site majeur de l’art rupestre d’Amérique centrale : il a été constaté que 78% des roches contenant des pétroglyphes risquent d’être altérées et érodées par les fluctuations du niveau du lac.