Nicaragua
Leon Viejo – 2017

© Eveha International

Présentation des campagnes
(par année)


Direction

Dr. Rigoberto Navarro-Genie (Éveha Nicaragua)
Dr. Sébastien Perrot-Minnot (Éveha International)

Participation d’Éveha

Direction
Fouilles archéologiques
Étude du mobilier
Géomorphologie

Présentation

 

Le projet archéologique « Leon Viejo dans le temps et dans l’espace » a été créé en 2017, pour mieux définir les caractéristiques spatiales et chrono-culturelles de cet important site du Nicaragua. La première intervention a consisté en la réalisation de sondages destinés à mettre en lumière la stratigraphie culturelle du site et à vérifier l’existence d’une occupation préhispanique. Les travaux de terrain de cette opération ont été menés en juin-juillet 2017, avec les participations de Lydie Clerc, archéologue d’Éveha dotée d’une spécialisation en géomorphologie, Roberto Sirias, archéologue nicaraguayen, Jeus Gonzalez, alors étudiant en archéologie de l’Université Nationale Autonome du Nicaragua (UNAN) à Managua, et quatre ouvriers. Par ailleurs, les recherches ont bénéficié du concours de la Direction de l’Archéologie de l’INC, de l’Institut Nicaraguayen d’Études Territoriales (INETER) et du Global Volcanism Program de la Smithsonian Institution (États-Unis).

 

Campagne, résultats préliminaires et perspectives

 

Les sondages ont été localisés de sorte à éviter, autant que possible, les édifices coloniaux. Ainsi, le Sondage A a été ouvert dans le sud-ouest de la Plaza Mayor (Place Centrale), et le Sondage B, à une quarantaine de mètres à l’ouest de la Maison de Gonzalo Cano (un commerçant espagnol).

 

Ces excavations avaient une surface de 2 x 2 m et étaient orientées. Elles ont été fouillées en suivant la stratigraphie. Cependant, dans l’angle nord-ouest de chacune d’entre elles, un microsondage de 60 x 60 cm a été creusé, afin de s’assurer initialement de l’absence de construction enterrée et de l’existence d’une stratigraphie lisible, puis, pour « guider » la fouille au fil de la stratigraphie. Dans le Sondage A, la surface de 2 x 2 m a été fouillée jusqu’à une profondeur de 2,23 m, et le microsondage, jusqu’à 3,43 m. Le Sondage B, quant à lui, a été fouillé sur toute sa surface jusqu’à 2,50 m, et son microsondage a été poursuivi jusqu’à 3,20 m; à cette profondeur, la fouille a été étendue à 1 x 1 m dans l’angle nord-ouest du sondage, puis à la moitié nord de ce dernier, pour atteindre une profondeur de 3,35 m.

 

D’une façon générale, les sondages ont montré une stratigraphie relativement claire. Elle est, naturellement, très marquée par le volcanisme. Pour les périodes qui nous intéressent, les sources disponibles et crédibles signalent des éruptions du Momotombo en 1605-06, 1578, 1524, et autour de 1100, 800 avant J.-C. et 2550 avant J.-C ; la plus récente est la seule à pouvoir être bien identifiée dans la stratigraphie. En plus de l’humus, nous avons enregistré 24 unités stratigraphiques (US) dans le Sondage A, et 12 dans le Sondage B.

 

Le Sondage A a révélé deux séries de sols coloniaux, parfois très altérés et résiduels, qui appartiendraient à la Plaza Mayor et à une voie de circulation ou quelque autre lieu de vie sociale qui la borde au sud. Les sols du niveau supérieur étaient empierrés, tandis que d’autres conservaient des traces d’enduit. Ce sondage a livré un mobilier colonial peu abondant mais assez varié, comprenant des objets en céramique, en porcelaine et en métal (dont une pièce de monnaie), de la tuile, et des fragments de silex.

 

Le Sondage B, pour sa part, a donné lieu à la mise au jour d’un dépotoir colonial contenant d’abondants fragments de tuiles et de briques, et des restes en céramique, en porcelaine, en métal et en pierre. Au-dessous, dans trois US, le mobilier de facture européenne cohabitait avec un matériel de tradition amérindienne, notable de par sa quantité et sa qualité. Ce dernier est composé d’artefacts en pierre, en céramique et en coquillage ; il comprend, entre autres, une pointe de flèche en obsidienne admirablement travaillée, des lames et un nucleus en obsidienne, des éléments de parure et de la céramique décorée de différents types (donc, des objets de prestige). La plus profonde des US en question matérialiserait la période du Contact entre Amérindiens et Espagnols (années 1520). Enfin, à plus de 3 m de profondeur, sous des couches de matériaux volcaniques qui pourraient avoir été laissées par l’éruption qu’a eue le Momotombo en 1524, l’équipe a découvert une strate argilo-limoneuse qui a livré quatre tessons de céramique ; pour la première fois, une occupation préhispanique était mise en évidence à Leon Viejo.

 

Les sondages ont été relevés avec une station totale et un GPS par des topographes de l’entreprise Procad, S. A. Après les travaux de terrain, le mobilier collecté a été lavé, photographié, dessiné, inventorié et analysé à Managua. Malheureusement, il n’a pas été possible de prélever du charbon dans l’US correspondant au contexte préhispanique du Sondage B, en vue d’une datation au radiocarbone. Mais un échantillon de sédiment de cette couche devrait être envoyé à un laboratoire spécialisé, afin de procéder à une étude paléo-environnementale. Les prélèvements de sédiments des autres US anthropisées des deux sondages seront conservés, dans l’éventualité d’analyses futures.

 

Cette opération de sondages, qui a déjà suscité des comptes rendus préliminaires, fera l’objet d’un rapport final qui sera soumis à l’INC. Ses résultats seront aussi présentés dans des articles et communications scientifiques, ainsi que dans des interventions publiques et des ouvrages de vulgarisation. La prochaine opération envisagée, dans le cadre du projet « Leon Viejo dans le temps et dans l’espace », serait la réalisation d’un modèle 3D du site archéologique, qui permettrait d’obtenir des représentations très précises, géoréférencées et interactives du site, et d’améliorer l’enregistrement des opérations archéologiques.