Portugal
Pegarinhos – 2014

© Mission archéologique de Pegarinhos

Présentation des campagnes
(par année)


Direction

Tony Silvino (Éveha – UMR 5138, Archéologie et Archéométrie)

Pedro Pereira (CITCEM – Université de Porto)

Participation d’Éveha

Fouilles archéologiques

Direction

La fouille archéologique du site du Vale de Mir-Pegarinhos (Portugal) 2014 constitue la troisième campagne de fouilles du projet quadriennal dirigé par Pedro Pereira et Tony Silvino. Elle fait suite aux deux campagnes précédentes qui ont permis de mettre au jour un ensemble de vestiges antiques situés sur le flanc d’une colline, en contrebas des remparts d’un castro de l’âge du Fer. Ces vestiges se rapportent à deux occupations datées respectivement du Haut-Empire et de l’Antiquité tardive. La première, située sur un secteur bien précis du site, se résume à un grand bassin revêtu de mortier de tuileau, dont la fonction demeure encore indéterminée (abreuvoir, lavoir, simple réservoir?), et une série de murs. Ces derniers, édifiés à l’aide de moellons de granite liés au mortier de chaux, semblent attester la présence d’une terrasse et d’un édifice au plan encore mal connu. Le mobilier associé (céramiques et verres) place leur construction dans le courant du Ier s. ap. J.-C. Quant à la seconde occupation, elle se trouve principalement dans la partie basse du site. Il s’agit d’un ensemble de murs construits à l’aide de remplois se rapportant à un petit bâtiment. Les monnaies ainsi que les céramiques retrouvées à l’intérieur et à la périphérie de ces structures placent cette occupation dans le courant du IVe s., voire au début du siècle suivant.

L’objectif de la campagne de fouilles 2014 était de comprendre un peu mieux la nature des structures dégagées, en particuliers celles se rapportant à la première occupation antique. L’importance du recouvrement sédimentaire ainsi que la présence de murs de terrasses liés aux cultures récentes ont necessité l’emploi de moyens mécaniques afin de dégager les vestiges. Au terme de quatre semaines de fouilles, avec une équipe moyenne de 10 personnes, constituée principalement d’étudiants portugais et espagnols (Porto et Madrid), le plan d’un édifice a été mis en évidence. Il s’agit d’un bâtiment rectangulaire (20 m x 8 m) à l’intérieur duquel 5 espaces ont été identifiés. Les trois premiers, également de plan rectangulaire, s’alignent dans la partie est de l’édifice. Si leurs sols n’ont malheureusement pas été conservés, les couches de remplissage destinés aux nivellement des pièces ont livré du mobilier très abondant. Par ailleurs, les vestiges d’un seuil ont été repérés dans la pièce la plus au nord. Ils sont juxtaposés à l’ouest à un long espace allongé (14 m x 3 m), dont le sol en terre battue a été ici préservé. Le cinquième espace, au plan incomplet, se situe au nord du bâtiment. La fonction de cet édifice reste encore à déterminer faute d’éléments réellement significatifs. Le plan allongé de cet édifice associé à une série de pièces en enfilade n’est pas courant dans la péninsule ibérique. Est-ce un bâtiment utilitaire, résidentiel ou les deux ? Il pourrait s’agir en effet d’appartements privés qui pourraient s’ouvrir sur cette grande pièce allongée, mais en l’absence de seuils, hormis pour une pièce, il est difficile de l’affirmer. Le plan rappelle également celui des bâtiments-granges que l’on retrouve abondamment en Gaule. Le mobilier retrouvé en association atteste le travail du textile (fusaïoles, pesons) et de la métallurgie (scories, aiguisoirs, traces de minerais). D’autres hypothèses peuvent également être évoquées même si les éléments s’avèrent limités. La découverte d’un probable talon de lance (étude à venir, en collaboration avec Michel Feugère) peut attester la présence de soldats dans le secteur, militaires qui ont pu d’ailleurs stationner dans ce bâtiment. L’existence de détachements dans cette partie de la péninsule ibérique, notamment au cours du Ier s. ap. J.-C., est aujourd’hui bien attestée. Leur mission était purement pacifique : ouverture de routes, construction d’infrastructures et surtout contrôle des explorations minières. Mais en l’absence d’arguments plus probants, il convient de rester prudent quant à cette hypothèse sans pour autant l’écarter.

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un bâtiment, dont la construction a néccesité l’emploi de moyens importants. Il était associé au sud à un gros mur qui fonctionnait très probablement comme mur de soutènement d’une esplanade. Cet ensemble fut probablement détruit par un incendie d’après les restes calcinés de poutres découverts sur place et les traces de rubéfaction des sols et de certaines parties de murs.

Les vestiges de la seconde occupation ont également été repérés à l’ouest et à l’est du bâtiment. Il s’agit d’une réoccupation partielle des lieux au cours du IVe s.