Pakistan
Banbhore

© Mission archéologique de Banbhore

Depuis 2011, une mission pakistano-franco-italienne a repris l'étude du site de Banbhore - un des sites archéologiques les plus importants du Pakistan - sous la direction conjointe de Asma Ibrahim (Musée de la Banque Nationale, Pakistan), Monique Kervran (CNRS, Paris) et Valeria Piacentini (Université du Sacré Cœur, Milan).

Présentation des campagnes
(par année)


Direction

Asma Ibrahim (Conservateur, Musée de la Banque Nationale du Pakistan, Karachi)

Monique Kervran (D.R. émérite, CNRS, UMR 8167, Orient et Méditerranée)

Kaleem Lashari (Secrétaire, Dept. de la Culture, Gov. du Sindh)

Valeria Piacentini (Professeur émérite, Université Catholique du Sacré Cœur, Milan)

Localisation et résumé historique

Les vestiges de Banbhore, constitués par une ville fortifiée et ses quartiers périphériques, se situent en bordure ouest du delta de l’Indus, soixante kilomètres à l’est de Karachi.

La ville est entourée par un rempart, plusieurs fois reconstruit et modifié. Son périmètre d’1,55 kilomètre, a la forme d’un rectangle étiré d’est en ouest, avec une curieuse extension vers le sud où se trouve l’une des trois portes monumentales de la citadelle. Le rempart est cantonné de 56 tours, en demi cercle pour la plupart, d’autres en U. Quelques bastions à angle droit, certains intacts, d’autres résiduels, pourraient attester une origine plus anciennes que les tours rondes. Les deux autres portes de l’enceinte se trouvent au nord-est de la citadelle. Elles s’ouvrent sur un lac aux berges aménagées. Cet élément, essentiel à toute ville indienne, atteste l’origine pré-islamique de Banbhore.

La plupart des vestiges visibles, intra muros, correspondent à la restructuration urbaine islamique. Banbhore est connue pour abriter la plus ancienne mosquée du Pakistan, construite après la conquête arabe ( 711) et restaurée une première fois (?) en 853/4 . C’est par ce port que l’Islam a été diffusé dans la région.

En dehors des habitats, un temple hindou dédié à Shiva a été identifié dans la partie ouest de la ville. Il est à remarquer que dans l’axe de ce temple, une porte, ultérieurement bouchée, s’ouvrait dans le mur d’enceinte nord, la seule aujourd’hui visible dans cette partie du rempart.

Une sélection du mobilier archéologique trouvé dans la citadelle entre 1950 et 1965 est exposée dans un petit musée de site. Il reflète la richesse des réseaux commerciaux au centre desquels s’inscrivait le port de Banbhore.

Banbhore est, au Pakistan, le seul site portuaire dont l’occupation couvre la période antique (depuis le début de l’ère) et le moyen âge . Cet établissement correspond, sans aucun doute, au port de Barbarikon, mentionné dans le Périple de la mer Erythrée (c. 50 de l’ère). Ce routier anonyme décrit les itinéraires commerciaux reliant la mer Rouge à l’Inde, les conditions d’accès aux ports qui les jalonnaient, et la nature des denrées échangées au travers de l’océan Indien. À cette époque, Banbhore était aussi un port fluvial, recevant des marchandises d’Asie centrale et de Chine (soie et fourrures) qu’il réexportait.

Le Périple mentionne que des princes Hindo-Parthes étaient les maîtres de Barbarikon. Mais il semble que les Kushan Shahs ont eu un rôle déterminant dans le développement de ce port, position stratégique importante pour leur empire, leurs entreprises commerciales et leur goût pour les objets de luxe. Aux premiers siècles de l’ère, des groupes de marchands, notamment de Palmyre, le fréquentaient et des prédicateurs illustres venaient y visiter leurs communautés (Mani, l’évêque arien Philippe l’Indien). Ils témoignent de l’importance et du cosmopolitisme de ce port. Durant ces siècles « le port des bouches de l’Indus » est souvent nommé : Deb, Dyb ou Dybous (qui donnera, à l’époque islamique, Daybul).

Pour le période médiévale, l’identification de Banbhore avec la cité de Daybul, conquise par les arabes en 711, est certaine. Le port continua de prospérer avec l’extension du trafic commercial du proche à l’extrême Orient. Mais vers l’an mille l’Indus, creusant un nouveau chenal quelque dizaines de kilomètres au sud-est de la ville, la déserta. Déconnectée du fleuve, Banbhore avait dès lors perdu son emplacement stratégique. Un nouveau port émergea, au nouveau débouché de l’Indus, Lahori/Loharani, vraisemblablement construit par les marchands de Daybul. Ses vestiges, beaucoup plus enfouis dans les sédiments en subsidence du delta que ne le sont ceux de Banbhore, sont toujours visibles, du moins les plus récents, qui datent des XVè-XVIIè siècles). Lahori a été fouillée par la Mission Française dans le Sindh en 1989-90 (M. Kervran, Mission archéologique française dans le Sindh, 1988- 2002).

Historique des recherches

Les premières fouilles, superficielles et concluant que le site était seulement islamique, ont été réalisées sur le site dès la fin des années 1920. En 1951, l’archéologue L. Alcock ouvre de nouveaux sondages à Banbhore. Les résultats en sont assez flous. C’est, de 1958 à 1965, l’archéologue F. A. Khan, et les équipes pakistanaises qui l’ont accompagné, qui a le plus contribué au dégagement des vestiges de Banbhore, le site étant depuis considéré comme l’un des principaux « lieux de mémoire » de la nouvelle Nation pakistanaise.

En 2011, le Département de la Culture du Gouvernement du Sindh autorise une campagne d’étude sans fouille, qui fait intervenir des archéologues et topographes pakistanais et français, sous la direction du Pr. V. Piacentini et de M. Kervran, D.R. au C.N.R.S, connues pour avoir fait une quinzaine de campagnes, la première au Makran/Baluchistan, la seconde dans le Sindh. Les travaux de 2011 ont consisté en une couverture photogrammètrique de la citadelle (Yves Ubelmann architecte, et Sophie Reynard, ingénieur IGN), le nivellement de nombreux points du site (S. Reynard et M. Kervran) et l’établissement d’une polygonale, en vue de fouilles ultérieures éventuelles (S. Reynard et l’équipe des topographes pakistanais).

Toujours sous le patronage du Départementt de la Culture du Gouvernement du Sindh, et avec une équipe pluridisciplinaires et pluri-nationales (Pakistanaise, Italienne et Française), deux premiers sondages sont ouverts en 2013, et deux autres en 2014. Ils ont permis de connaître l’évolution des quartiers intra muros au cours des dix à douze siècles supérieurs de leur occupation.

Éveha International est associé à ce projet depuis 2014.

Participation d’Éveha International

Recherche archéologique

PARTENAIRES

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