Direction
Axelle Rougeulle (CNRS, UMR8167 – Orient et Méditerranée)
Participation d’Éveha
Fouille archéologique
Localisation
Sultanat d’Oman

Entre le 20 novembre et le 16 décembre 2016, une nouvelle campagne de fouille du QP (Ministère des Affaires étrangères et du développement international, CNRS) s’est déroulée sur le site de Qalhât.
Une partie des travaux a consisté en la poursuite du travail de prospection détaillée du quartier central de la ville, en vue de l’obtention d’un plan général plus précis.
Dans le même temps, plusieurs sondages ont été ouverts dans les abords de la mosquée. C’est là que la sédimentation archéologique reste la plus importante jamais observée et l’un des objectifs de cette campagne était de mieux documenter les premières phases d’occupations.
Presque tous les sondages se sont arrêtés sur le substrat. Celui-ci présente un aspect très irrégulier.
Le sondage principal est implanté dans la cour ouest, pour partie adossé au Mihrab. Il mesure un peu plus de 20 m². Le substrat naturel – un niveau de galets pris dans une matrice extrêmement compacte – a été atteint à une côte d’environ Δ 12 m.
A une première phase sont associés des niveaux de remblais ou sols d’occupation qui indiquent que le secteur est alors fréquenté sans qu’aucune trace de réelle urbanisation n’ait pu être mise en évidence. Ces niveaux s’accumulent sur une épaisseur d’environ 70 cm. Le matériel recueilli, assez abondant, est en cours d’étude. Un premier examen de la céramique invite à dater cette phase du 12e siècle, notamment du fait de la présence de sgraffiattos, mais surtout en conséquence de l’absence de mustard ware yéménite, une production très présente à Qalhât, qui semble être fabriquée entre le 13e et le milieu du 14e siècle.
Dans ce sondage, la mustard ware fait son apparition à partir de la cote Δ 12,70 m environ. Une dizaine de centimètres plus haut apparaît le premier bâtiment identifié. Il est associé à un sol de mortier blanc très compact. Le seul mur attesté est situé sous le mur qibla de la mosquée et ne peut donc être observé que de manière incomplète. Ce mur, orienté nord-sud, présente le même alignement que le mur qibla. Il a été observé sur une longueur d’environ 1 m à peine. Cependant, les données altimétriques permettent d’assurer qu’il correspond à une maçonnerie repérée environ 1 m plus au nord lors d’un sondage effectué en 2008, ce qui permet de restituer une longueur minimale de 3 m (pour une largeur maximale observée de 20 cm environ). Seule une assise est préservée. La fonction de ce premier bâtiment, daté du 13e siècle, reste indéterminée.
Par la suite, le secteur est caractérisé par l’accumulation de fines couches d’occupation ou de remblais riches en céramique et débris organique – os de poissons, faunes, coquillages, charbons… Quelques creusements de nature indéterminée s’intercalent au sein de la séquence. Ces niveaux s’accumulent sur plus d’un mètre. Le matériel y est abondant. La céramique semble dater du 13e siècle. Aucun tesson appartenant aux productions locales n’a été retrouvé.
Un second mur, lui aussi orienté nord-sud, a été construit sur ces niveaux à partir de Δ 14 m environ. Il n’a été observé que de manière très ponctuelle, puisqu’il se développe au-delà du secteur fouillé au nord et a été recoupé par des creusements tardifs au sud. Des lambeaux de sols et de niveaux d’occupations sont associés à ce bâtiment, daté de la fin du 13e siècle ou du tout début du 14e.
Dans toute la partie est du sondage, ces niveaux comme ceux qu’ils surmontent ont été entaillés par un grand creusement ouvert à partir de l’altitude Δ 14 m environ. Ce dernier est associé à la construction de la Grande Mosquée de Qalhât, érigée au-dessus d’un haut soubassement partiellement remblayé (voir les billets antérieurs pour en savoir plus sur les spécificités architecturales de ce monument). La construction de ce grand complexe est associée à la personnalité de Bîbi Maryam, femme du gouverneur Ayâz, qui dirigea la ville avec son mari puis après sa mort (ca 1280-1320), une période pendant laquelle la ville connut son âge d’or. Lors de ce chantier ambitieux, toute la zone située à l’est du sondage semble avoir été décaissée jusqu’au substrat afin d’aplanir le terrain. A l’ouest, le mur du soubassement a servi comme un mur de terrasse présentant la particularité d’être très étroit et vraisemblablement parementé uniquement sur son côté oriental (malgré la réalisation d’un petit sondage en sape, il n’a pas été possible d’observer la face occidentale de ce soubassement). Les parties situées à l’est comme à l’ouest de cette maçonnerie ont été remblayées au fur et à mesure qu’elle était montée. L’élévation à proprement parler du mur qibla débute à partir de la cote Δ 14 m. Cette partie haute est bien plus large que le soubassement (1,40 m contre 1 m au maximum pour la partie basse). Elle est entièrement recouverte d’un enduit beige qui recouvre également la protubérance du mihrab. A cet enduit semble associé un second creusement qui reste difficile à interpréter : est-il lié au projet d’origine ou faut-il l’associer à une phase de reprise/vérification de l’enduit extérieur ?
Dans son état tardif, le sol de la cour semble s’être situé vers Δ 15 m. Il est percé de plusieurs trous qui peuvent avoir servi à assujettir un échafaudage. Sur ce sol ont été retrouvés de très nombreux fragments d’enduits qui proviennent vraisemblablement du mur qibla. Ce niveau a été coupé par une très grande fosse occupant le quart nord-ouest du sondage, qui n’a pu être que partiellement fouillée. Le matériel associé invite à la dater du 15e siècle. Par la suite, cette fosse est à son tour recoupée par un second creusement de grande dimension situé dans l’angle sud-ouest, daté du 16e siècle.
La fonction de ces creusements demeure inconnue.
Les autres sondages ont été réalisés au droit du mur sud de la cour haute, lequel semble bien remonter au projet architectural d’origine.
Enfin, quelques observations ponctuelles ont permis d’apporter des informations complémentaires sur la manière dont s’opérait le passage entre cette cour haute et la cour basse, située au nord de la mosquée.




Campagnes
- Qalhât Development Project – 2015
- Qalhât Project – 2016
- Qalhât Project – 2008
- Qalhât Project – 2009
- Qalhât Project – 2010
- Qalhât Project – 2011
- Qalhât Project – 2012
- Qalhât Project – 2013
- Qalhât Development Project – 2013
- Qalhât Development Project – 2013-2014
- Qalhât Project – 2014
- Qalhât Project – February 2015
- Qalhât Project – November 2015
- Qalhât Development Project – 2016
- Qalhat Project – 2017














