Direction
Daniel Étienne (Éveha International)
Participation d’Éveha
Direction scientifique
Fouilles archéologiques
Localisation
Émirats Arabes Unis

Présentation
L’intervention archéologique d’Éveha International en 2020 a consisté en l’ouverture d’une large tranchée de 3 m de large et 50 m de long au milieu d’une large place qui apparaissait déjà comme un espace vide sur un plan de 1822 établit par les Anglais. Le but de cette tranchée était de comprendre les raisons de la non-urbanisation de cette zone au sein d’un espace densément construit.
Moitié ouest
Dans sa moitié ouest, la tranchée a d’abord révélé des niveaux organiques comprenant d’importants rejets cendreux ou charbonneux mêlés au sable et une grande quantité d’artefacts divers. Selon des témoignages oraux, une importante butte constituée de déchets occupaient la partie est de l’actuelle place et ces niveaux organiques sont probablement la résultante d’aplanissement de cette décharge, qu’il fut volontaire ou naturel. Parmi le matériel retrouvé dans ces niveaux, outre d’abondantes cartouches et fragments de bracelets en verre, la présence de brûleurs à encens et de petites tasses à thé du Japon datées de la première moitié du 20e siècle accréditent l’hypothèse selon laquelle la communauté villageoise s’assemblait sur la place, ainsi qu’envisagé par les quelques enquêtes effectuées auprès des anciens habitants.
Sous ces niveaux de rejets et quelques fins niveaux de sable, la tranchée a révélé à l’ouest la présence d’un cimetière dont les tombes ont été creusées dans le niveau naturel, constitué d’un épais niveau de sable très induré. Bien que non encore datée, cette phase d’occupation funéraire est la première de la zone et pourrait être contemporaine de la fondation du village. La présence de ce cimetière semble être l’explication la plus logique à la non-urbanisation de cette partie du village. Si le cimetière a par la suite disparu du paysage, son souvenir a du rester dans les mémoires, expliquant pourquoi cet espace n’a pas été construit, y compris dans le courant du 20e siècle.
Une petite vingtaine de tombe ont été retrouvées à l’ouest, présentant les deux types d’inhumations traditionnels islamiques, soit une fosse avec niche latérale vers La Mecque pour accueillir le défunt (le type lahd), soit avec une niche plus petite au centre de la fosse (type saqq). Dans les deux cas, la niche accueillant le défunt était close par des pierres plates, principalement du calcaire de montagne et quelques éléments de beachrock, pour que la terre ne souille pas le corps du fidèle. Les tombes de type lahd ne présentaient pas de marqueurs visuels au niveau du sol alors que celles de type saqq présentaient pour certaines des petites pierres plates dressées de champs à la tête ou aux pieds. Si les fosses des sépultures ont été vidées pour en examiner l’architecture, il est par contre évident qu’aucune niche n’a été ouverte et qu’aucun corps n’a été mis au jour, par respect pour les traditions religieuses locales.
Moitié est
Dans sa partie est, la tranchée a révélé la présence, directement sous le niveau de sol actuel, d’un bâtiment inconnu presque intégralement démantelé ; la tranchée a alors été progressivement agrandie afin de mieux cerner son extension. Le mode de construction de ce bâtiment diffère sensiblement de celui des autres aujourd’hui visibles dans le village, puisque les assises conservées des murs sont faites de gros blocs de calcaire grossièrement équarris provenant des montagnes, alors que les blocs de coraux et de beachrock sont habituellement les matériaux privilégiés. Les arases de murs encadrent un large espace quadrangulaire dont le sol est fait de plâtre ; la présence de deux tandoors et l’absence d’éléments de support de toit semblent suggérer que cet espace était à ciel ouvert, ce qui est là encore une figure inhabituelle.
Là où le sol de plâtre n’a pas été conservé, une fouille plus profonde a révélé la présence d’un second bâtiment plus ancien. Quatre petites niches mitoyennes, finement construites et enduites, dont la fonction n’a pas encore pu encore être identifiée, ont été mises au jour.
A l’ouest de cet ensemble bâti, une structure circulaire grossièrement construite avec des blocs de diverses pierres et dont la fonction précise n’a pas encore été déterminée, est la structure bâtie la plus ancienne de la zone. Datant probablement des premières phases d’occupation du village, ce type de construction n’avait encore jamais été observé à Jazirat Al Hamra.
Enfin, plusieurs trous de poteaux creusés dans le niveau de sable naturel, concentré au centre de la tranchée, doivent être regardés comme les traces de constructions légères type arish et possiblement contemporaines de la première occupation du site, lorsque celle-ci n’était que saisonnière.
Bien que fortement réduite dans le temps pour cause de pandémie de Covid-19, l’intervention archéologique de janvier-mars 2020 a néanmoins permis la collecte d’informations très intéressantes pour la compréhension de l’évolution urbaine du site de Jazirat Al Hamra, telles que la présence d’un cimetière, de plusieurs ensembles de bâtiments presque intégralement démantelés ainsi que quelques-unes des plus anciennes traces d’occupation du site.




