Le site de Wadi Hasid, situé dans le Ja’alan omanais, est un monument de hauteur dominant un ancien Wadi.
Les premières investigations archéologiques témoignent d’une appartenance de ce site à l’Âge du Fer ancien (1200-600 av. J.-C).
Direction
Dr. Christophe Sévin (Eveha International)
Participation d’Éveha
Direction du projet
Localisation
Sultanat d’Oman
Localisation et résumé historique
Le site de Wadi Hasid est situé au sommet d’un promontoire rocheux surplombant une petite oasis qui émerge le long du wadi du même nom. Cette position géographique confère au site un potentiel archéologique important. En effet, il se trouve à la jonction du Wadi Hasid et du Wadi Bani Khalid, qui descend vers la mer à quelques kilomètres et remonte très loin en amont le long du Jebel Hajar. Cette position permet de contrôler l’interface entre la zone côtière et l’intérieur des terres.
Le rôle prépondérant de la pointe du Ja’alan dans les échanges régionaux de la péninsule d’Oman depuis l’âge du Bronze avec l’Indus, l’Iran et la Mésopotamie, renforce encore plus l’importance et le potentiel archéologique de ce site tourné vers la mer et l’Indus.
Contexte historique
La péninsule d’Oman est le nom géographique donné à la pointe sud-est de la péninsule arabique, qui correspond actuellement à deux grands États : les Émirats arabes unis et le Sultanat d’Oman. Cet ensemble est délimité géographiquement par le cap Musandam au nord, séparé de l’Iran par le détroit d’Ormuz, et par le grand désert de sable de Rub-al-Khali à l’ouest. Il est également bordé par trois mers : le golfe d’Arabie et le golfe d’Oman au nord, et la mer d’Arabie à l’est et au sud.
Ce projet concerne la période du premier millénaire avant J.-C., correspondant à l’âge du Fer (1200-300 av. J.-C.). C’est pendant cette période qu’Oman connaît un second bouleversement profond de ses structures sociales et de son mode de vie.
Les raisons de ce bouleversement sont multiples. C’est d’abord à partir de l’âge du Fer que l’usage du dromadaire comme animal de monte et de transport est significativement observé. Bien que de nouvelles études indiquent que la domestication du dromadaire ait pu se produire quelque temps avant le début de l’âge du Fer (Magee 2015), il ne fait aucun doute qu’il constitue le changement le plus important dans l’économie animale en Arabie orientale (Magee 2004, 2014, 2015 ; Uerpmann et Uerpmann 2007, 2008, 2012). Les dromadaires peuvent être utilisés pour le commerce sur de très longues distances par voie terrestre. Ils sont rapides et permettent d’ouvrir de nouveaux chemins, à travers des zones arides auparavant inaccessibles. Les contacts avec les puissants voisins mésopotamiens et persans, jusqu’à la région du Levant, se sont ainsi certainement renforcés à cette période (Magee 2014 ; Yule 2014 ; Frenez, Genchi et al. 2021).
C’est également probablement à cette période que le système hydraulique des galeries souterraines appelé qanat au Moyen-Orient et en Iran, ou falaj à Oman (plur. afalaj), s’est développé à Oman (Charbonnier 2011, 2017). Cette innovation, et son développement intense pendant l’Age du Fer II (1000-600 av. J.-C.), permettront un renouveau de l’agriculture oasienne qui avait progressivement décliné pendant l’âge du Bronze sous l’effet d’un phénomène accru d’aridification de la région à partir de 2000 av. J.-C. (Charbonnier 2015, 2017 ; Al-Tikriti 2010). Ce système, qui consiste à capter l’eau des contreforts montagneux et à la conduire via des canalisations vers les cultures céréalières dans les palmeraies, constitue un bouleversement évident dans l’économie de subsistance dans une région aride comme Oman. Il a également conduit à la sédentarisation de populations encore très certainement semi-nomades. Ainsi, dès le début de l’âge du Fer, tout le sud-est de l’Arabie a connu un processus d’intensification des établissements dans les contreforts montagneux et sur les promontoires des zones semi-désertiques, largement lié au développement de ce système d’irrigation (Boucharlat et Salles 1984 ; Boucharlat et Lombard 1985 ; Magee 1999 ; Benoist 2008). Les sites d’habitat de l’âge du Fer se trouvent désormais dans tous les environnements : des zones côtières aux marges désertiques, et des contreforts montagneux aux vallées creusées par les wadis. Ces habitats sont construits en briques crues ou en pierre sèche, et peuvent prendre la forme de villages ouverts ou fortifiés (Karacic et al. 2018, 2020 ; Cleuziou et Tosi 2018 ; Boucharlat et Lombard 1985, 2001 ; Magee 2007).
Dans ce contexte, des preuves d’une hiérarchie sociale complexe apparaissent ainsi qu’une probable structuration accrue du territoire à partir du second âge du Fer (1000-600 av. J.-C.). L’émergence de sites fortifiés au sommet des collines à cette période, comme à Lizq (Kroll et Yule 2013) et Salut (Avanzini et Phillips 2010) à Oman, ou à Masafi 2 (Benoist et al. 2012), Bithna 24 (Benoist 2005, 2007 ; Benoist et al. 2012b), ou Muweilah (Karacic et al. 2018) aux Émirats arabes unis, confirme l’émergence de pouvoirs locaux forts. La localisation de ces sites fortifiés près des oasis, des sources d’eau, ou le long des wadis et afalaj, permettant ainsi le contrôle des ressources hydrauliques, atteste de l’importance de la capacité à capter l’eau dans le renouveau du système oasien en cours à cette époque. La présence de puits protégés au centre de tours massives depuis l’âge du Bronze, comme à Salut, Hili, Bat ou al-Moyassar par exemple, confirme l’importance déterminante de cette ressource dans une région qui ne possède pas de cours d’eau permanents.
Le développement d’architectures publiques à la même période atteste également de lieux spécifiques caractérisant l’émergence d’un pouvoir politique local fort. Cette dynamique est matérialisée par les « salles à piliers », par exemple, trouvées tant sur les sites de Mudhmar dans la région d’Adam (Gernez et al. 2017a, 2017b) qu’à Muweilah dans l’émirat de Sharjah aux Émirats arabes unis (Magee 2003), ainsi que dans le bâtiment G du site de Rumeilah également aux Émirats arabes unis (Boucharlat et Lombard 2001).
Des bâtiments à vocation religieuse sont parfois associés à ces salles à piliers. Ceux-ci témoignent que, bien que le contrôle des ressources hydrauliques semble être un élément déterminant dans la structuration du pouvoir en place, le fait religieux occupe également une place importante dans la légitimation politique de ce pouvoir et dans la société en général (Benoist 2010). Un exemple est le site de Bithna 44/50 aux Émirats arabes unis, où un autel a été découvert sur un petit promontoire. On y accédait par un chemin, autour duquel rayonnaient plusieurs autels construits sous forme de chapelles (Benoist 2005, 2007). Cependant, le cas le plus spectaculaire est sans doute celui du site de Mudhmar, dans la région d’Adam au centre d’Oman. Là, dans un bâtiment attenant à une salle à piliers, un ensemble d’armes en bronze a été mis au jour, comprenant notamment deux carquois complets (Gernez et al. 2017a, 2017b).
Des serpents en cuivre sont systématiquement trouvés dans ces bâtiments de culte, que ce soit dans les salles à piliers ou dans les autels associés. En tant que figure animale majeure et caractéristique des rituels ayant lieu dans la péninsule d’Oman à cette période, le serpent est représenté sur les céramiques de cette époque, ainsi que sur les brûleurs d’encens, voire sous la forme de figurines en argile ou en cuivre. Ces serpents caractérisent la vocation cultuelle, sinon religieuse, de ces bâtiments et leur importance dans la vie des sociétés de l’âge du Fer (Benoist 2007, 2012 ; Delassiaz 2012).
L’image qui émerge de cette première moitié de l’âge du Fer est celle d’une société en plein bouleversement social, politique et certainement territorial. L’émergence de sites fortifiés en hauteur, de systèmes de falaj et la présence d’armes trouvées dans le contexte des habitats donnent l’impression d’une société resserrant son emprise sur les ressources en eau, des ressources désormais décisives dans le renouveau du système oasien. Cela est certainement aussi le cas pour les ressources en cuivre, qui doivent être considérées comme un élément prépondérant de ces profonds changements au cours du premier millénaire avant J.-C. (Goy 2019), d’autant plus que le minerai de fer n’existe pas encore à Oman à cette période : c’est un âge du Fer sans fer. Les sites de production et de réduction du cuivre sont encore très nombreux à cette période, et l’importance du contrôle des approvisionnements et des réseaux de distribution augmente avec la domestication du dromadaire, conduisant à une intensification des échanges.
La découverte d’un nouveau site en hauteur à Oman, le long du Wadi Hasid, doit certainement être replacée dans ce contexte. Qu’il s’agisse d’un complexe cultuel ou d’un site fortifié en hauteur, sa localisation inhabituelle dans le Ja’alan omanais en fait très certainement un site d’importance majeure dans la péninsule d’Oman. Il est en effet éloigné des sites similaires connus aux Émirats arabes unis ou dans le centre d’Oman, et son installation en bordure d’un wadi à quelques kilomètres de la côte en fait un site important à explorer.
Historique des recherches
Le site de Wadi Hasid, situé dans la région de Ja’alan à Oman, a été identifié lors d’une prospection en 2007 dans le cadre du projet Join Hadd.
Il a fait l’objet d’une seconde visite en 2017 par Christophe Sévin et Guillaume Gernez. À la suite de cette visite, un projet de recherche archéologique a été soumis au ministère du Patrimoine et de la Culture d’Oman, et validé par son directeur général, M. Sultan Al-Bakri.
Une première mission a ainsi été menée l’année suivante, en 2018, par Christophe Sévin et Nicolas Gautier afin de réaliser un premier relevé photogrammétrique du monument ainsi qu’une première série de prises de vues aériennes par drone.
La campagne de 2024 représente la première mission archéologique de fouilles conduite par Eveha International sous la direction de Christophe Sévin.
Partenaires
Ministère du Patrimoine et du Tourisme d’Oman
Eveha International
Institut des Déserts et des Steppes
Ambassade de France en Oman
Museum National d’Histoire Naturelle
Société des Explorateurs Français
