Depuis 2023, Éveha International participe à la mission archéologique de Bouto Tell el Fara‘in (Égypte).
Ce projet est dirigé par Loïc Mazou (Éveha, UMR 7041 ArScAn et UR 15071 HeRMA), P. Ballet (Professeure émérite Université Paris Nanterre – UMR 7041 ArScAn)
et Patrice Georges-Zimmermann (Inrap/UMR 5608 TRACES).
Direction
Loïc Mazou (Éveha, UR 15071 HeRMA /
UMR 7041 ArScAn)
Pascale Ballet (UMR 7041 ArScAn)
Patrice Georges-Zimmermann (Inrap/
UMR 5608 TRACES)
Participation d’Éveha
Direction
Localisation
Egypte
Localisation et résumé historique
Au cœur du delta, plus précisément dans sa partie nord-ouest, située à une dizaine de kilomètres à l’est de la branche de Rosette et à une centaine de kilomètres d’Alexandrie, Bouto est l’un des plus anciens établissements de grande ampleur du Delta et s’impose par l’importance de son potentiel archéologique, couvrant une période multimillénaire, de la fin de la préhistoire jusqu’au début de l’époque islamique dont l’exploration est menée en étroite collaboration avec le Deutsches Archäologisches Institut.
L’espace urbain, dans son périmètre actuel, désormais délimité par un mur d’enceinte destiné à protéger le site des pillages, occupe une surface de 64 hectares, sans compter l’occupation hors les murs, comme le kôm el-Dahab, situé au nord du site : l’emprise spatiale est donc importante. Elle est renforcée par la puissance de la stratigraphie. La succession des niveaux se caractérise sur le kôm A par une superposition de strates, du IVe millénaire au début de l’époque islamique, avec, certes, une importante lacune du Moyen Empire au Nouvel Empire.
Bouto est une ville de mémoire cultuelle dont le sanctuaire principal consacré à la déesse Ouadjyt (assimilée à Léto, Hérodote II, 152, 155) est encore fréquenté à l’époque ptolémaïque. On y honore également Horus/Apollon (Hérodote II, 156) à Bouto même ou dans les environs, les marais de Chemmis où se réfugient Isis et Horus peu de temps après sa naissance et que signalent différentes sources textuelles, depuis l’Ancien Empire.
Bien des incertitudes subsistent sur la date de l’abandon du sanctuaire. D’après nos collègues égyptiens qui fouillent actuellement le temple, sous la direction de Hossam Mohamed Ghonim (directeur de l’inspectorat de Kafr el-Scheikh), l’activité cultuelle semble se réduire considérablement au cours de la période romaine : pour le moins, des bains et de probables habitations sont implantés au nord et au sud du sanctuaire.
Très récemment, mais il ne nous appartient pas d’en livrer les résultats, le centre du temple a été exploré par l’équipe égyptienne. Il s’agit donc d’un sanctuaire témoin d’un passé prestigieux, en particulier au Nouvel Empire (comme en témoigne la stèle de Thoutmosis III, désormais exposée au musée de Kafr el-Scheikh) et durant la Basse Époque, puisque l’enceinte date de l’époque saïte ainsi qu’une partie des monuments récemment mis au jour.
Nous participons à ces recherches, puisque notre équipe est sollicitée pour collaborer à l’étude du mobilier et fournir des expertises ciblées. Ce fut le cas de G. Lecuyot et de L. Mazou pour le petit bain situé au sud-est du temple, publié par Hossam Mohamed Ghonim.
Pourtant, et il s’agit là d’une interrogation majeure des archéologues travaillant sur le site, le Moyen Empire et Nouvel Empire ne sont pas attestés sur les deux kôms (A et C) réservés aux habitats et aux activités industrielles.
On est désormais assuré, sur le plan archéologique, de la longévité de l’établissement, encore en activité jusqu’à la phase de transition byzantino-islamique, et en cela en écho aux listes conciliaires de l’Église copte, puisque Bouto fut le siège d’un évêché.
En effet, les prospections pédestres systématiques, menées sous la direction de Gr. Marouard de 2012 à 2015 sur les kôms A et C, ont permis d’évaluer les principales mutations spatiales du site, de la fin de la Basse Époque aux débuts de l’islam.
En ce qui concerne le kôm principal (kôm A), une occupation, certes réduite, est attestée jusqu’à la transition byzantino-islamique.
Concernant cette ultime phase, les céramiques constituent les témoins indiscutables d’une présence jusqu’aux viie-viiie siècles; les comparaisons avec le mobilier du vaste ensemble d’ermitages des Kellia, plus à l’ouest, en limite du désert, mais aussi avec Alexandrie sont saisissantes et manifestent l’existence une communauté de formes et de techniques du désert des Kellia jusqu’à la région de la branche de Rosette, soit tout le delta nord-ouest.
Trois secteurs correspondant à trois zones d’activités bien identifiées constituent le socle de notre programme actuel : le thesauros (bâtiment de stockage, principalement de céréales) ; la nécropole qui couvre le flanc occidental du kôm A, et dans laquelle une tombe collective d’époque impériale, dotée d’une dizaine de sarcophages, a été découverte ; le quartier artisanal qui a réinvesti une zone d’habitat ptolémaïque.
Au sommet du kôm A, la mission française découvre, en 2016, un grand bâtiment en briques crues dont le plan et les phases de construction se dévoilent progressivement. Très rapidement, du fait d’un très bon état de conservation des restes végétaux jonchant le sol, on identifie un bâtiment de stockage de céréales. Quatre campagnes, de 2016 à 2019, ont été consacrées à la fouille et l’étude du bâtiment, convoquant une approche pluridisciplinaire, de l’archéologie à l’archéobotanique, que l’organisation architecturale et les macro-restes végétaux autorisent à classer dans le groupe des thesauroi, identifiés tout particulièrement au Fayoum, grâce aux découvertes archéologiques, à Karanis, Backhias et plus récemment Tebtynis, et que confirme la papyrologie. On retiendra de l’appellation « thesauros » l’acception large d’espace de stockage voire de transformation, destiné à « mettre en réserve » ou « conserver avec soin », sans limiter toutefois cet édifice à la seule fonction de réserve frumentaire.
Les résultats obtenus par la fouille du thesauros, ainsi que ceux livrés par la prospection pédestre systématique effectuée de 2012 à 2015, nous ont encouragés à poursuivre les recherches sur l’organisation de la ville à la période impériale. Ainsi, le programme en cours « Vivre, produire et mourir à Bouto, d’Octavien à Dioclétien » concerne, selon une approche synchronique, l’occupation de Bouto (habitat, nécropole, activités de production) à cette époque, dans une perspective régionale et, le cas échéant, méditerranéenne, tandis que les aspects environnementaux (archéobotanique, archéozoologie) sont menés de concert avec le Deutsches Archäologisches Institut.
Les missions de juin et d’octobre-novembre 2021 avaient donc pour objectif de concentrer les recherches sur la Bouto romaine, notamment sur le kôm A, qui montre au centre et au nord des habitats et des bâtiments révélateurs d’occupations en milieu urbain et, à l’ouest et au nord, formant une couronne, des ateliers de potiers et la nécropole.
Si les habitats avaient été entrevus, notamment lors des fouilles du thesauros et ses abords, la nécropole romaine n’avait jamais été explorée. C’est donc dans ce contexte que nous avons décidé d’entreprendre, d’une part, une prospection de la zone et la fouille d’un bâtiment funéraire d’époque impériale, structure exceptionnelle pour le Delta, repéré sur le secteur P22 à l’ouest du kôm A et fouillé par Patrice Georges-Zimmermann, d’autre part, la fouille d’une concentration de fours de potiers repérée non seulement par analyse de la surface, mais aussi grâce aux prospections géomagnétiques menées par Tomasz Herbich entre 2001 et 2006.
Historique des recherches
Pour les phases les plus anciennes de son histoire, le IVe millénaire, la position et le statut de Bouto sont prééminents, ainsi que l’ont révélé les premières investigations britanniques de William M. Flinders Petrie qui effectua en 1886 un rapide passage à Tell el-Fara‘in/Bouto, puis au début du XXe s. celles de Charles Trick Currelly qui procéda à quelques sondages en 1904 et à partir des années 1960, les recherches menées sous l’égide de l’Egypt Exploration Society (EES). Au début des années 1980, ces dernières furent relayées par celles, intensives, du DAI (Deutsches Archäologisches Institut) depuis le début des années 80. À l’époque de la formation de l’État pharaonique, vers la fin du IVe millénaire, l’établissement de Bouto est la porte nord-ouest de l’Égypte et conduit vers la Méditerranée par des voies d’eau, dont le tracé précis est difficilement restituable.
Le Deutsches Archäologisches Institut, détenteur de la concession, intervient à Bouto depuis 1983. À proximité du village moderne de Sekhmawy, les travaux portent sur une zone d’environ 2 000 m2 ayant mis en évidence des niveaux du début du IVe millénaire caractéristiques de la culture de Bouto-Maadi jusqu’aux premières dynasties, ainsi que les travaux de T. von der Way, D. Faltings et U. Hartung l’ont mis en évidence. Si les vestiges de la culture méridionale de Nagada sont notables à Bouto, les différences régionales s’estompent au fil du temps, indiquant une hybridité et une fusion progressives des influences culturelles. Les bâtiments du début de la période dynastique (vers 3000-2800 av. J.-C.) montrent le passage d’un complexe économique à une structure palatiale ; la présence d’un vaste complexe tripartite, comprenant des fonctions de production, de stockage et de résidence, en est un signe le plus évident. Bouto était, à cette époque, une résidence royale temporaire et jouait un rôle notable dans l’organisation administrative et économique de la région. Le Deutsches Archäologisches Institut oriente désormais ses recherches sur l’Ancien Empire, à l’initiative de Clara Jeuthe, directrice de la mission allemande, en particulier dans la partie nord-ouest du site.
Si la présence humaine est attestée jusqu’à la fin de l’Ancien Empire, en revanche un vide documentaire est à signaler jusqu’à la Troisième Période Intermédiaire.
En écho à ces travaux qui ont permis de classer la Bouto pré- et protodynastique parmi les sites majeurs dans la formation de l’État égyptien, la mission française s’intéresse à la ville tardive et à sa place dans le maillage urbain du Delta.
Comment aborder un établissement pour lequel, aux époques ptolémaïque et romaine, les sources textuelles sont peu abondantes, ce qui est le cas pour la plupart des sites du delta ? La ville se trouve à la fois proche et en dehors de la chôra alexandrine et d’Alexandrie, capitale et cité, au cœur de la stratégie des Ptolémées pour le contrôle de la Méditerranée orientale, du Levant à l’Asie Mineure, puis de l’Empire, l’Égypte rejoignant le concert des provinces impériales, stratégie indispensable pour l’accession d’Octavien au principat.
Du fait de la rareté des textes, mais pas tout à fait absents comme le montrent les recherches de l’un des membres de la mission, Å. Engsheden, l’archéologie est convoquée pour restituer la place et le statut de cet établissement dans un réseau urbain à l’échelle régionale et méditerranéenne. C’est donc sur la base des ressources de la vie matérielle, le tissu urbain, ses bâtiments et le mobilier que l’on peut apprécier le potentiel de cette agglomération.
Les récents résultats de nos fouilles, en suivant les orientations actuelles de notre programme, Vivre, produire et mourir à Bouto, d’Octavien à Dioclétien, nous conduisent vers des domaines de l’activité humaine inédits, un thesauros et une nécropole, par rapport à ce qui était traditionnellement connu à Bouto, et, de nouveau l’industrie céramique, ainsi que les toutes dernières découvertes l’ont mise en lumière, et ce, de manière exceptionnelle.
Partenaires
Université de Paris Nanterre, UMR 7041 ArScAn (ESPRI-LIMC ; GAMA ; Archéologie de l’Asie centrale)
Institut archéologique allemand (DAIK, Le Caire)
Ministère du Tourisme et des Antiquités, Inspectorat de Kafr el-Scheikh
Éveha/Éveha International
Université de Poitiers, HeRMA (UR 15071)
CEALex (UAR 3134)
Université de Cologne
Inrap
Université de Toulouse, UMR 5608 TRACES
Université d’Égée (Izmir, Turquie)
Laboratoire Archéomatériaux et Prévision de l’Altération : LMC IRAMAT UMR5060 CNRS et NIMBE UMR3685 CEA/CNRS
Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique
Musée Art et Histoire de Bruxelles – section antiquités égyptiennes
Publications
• BALLET P., MAZOU L., « Bouto (Tell el-Faraʽin, 2022) :
« Vivre, produire et mourir à Bouto (Tell el-Fara‘in). Une lecture archéologique de la ville à la période romaine d’Octavien à Dioclétien », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger [En ligne], Égypte, mis en ligne le 01 juin 2023.
http://journals.openedition.org/baefe/7945
• BALLET P., MAZOU L., « Bouto (Tell el-Faraʽin, 2021) :
« Vivre, produire et mourir à Bouto (Tell el-Fara‘in). Une lecture archéologique de la ville à la période romaine d’Octavien à Dioclétien », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger [En ligne], Égypte, mis en ligne le 01 juin 2022.
http://journals.openedition.org/baefe/5584
• BALLET P., MAZOU L., « Bouto (Tell el-Faraʽin, 2020) :
« Mutations d’une ville du nord de l’Égypte, de la
Basse Époque à la période byzantino-islamique » , Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger [En ligne], Égypte, mis en ligne le 30 mai 2021.
http://journals.openedition.org/baefe/2755
• BALLET P., MAZOU L. et al., « Bouto (2019) : « Le Delta et les marges septentrionales », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger [En ligne], Égypte, mis en ligne le 05 octobre 2020, consulté le 08 octobre 2021.
