Direction
Loïc Mazou (Éveha, UR 15071 HeRMA /
UMR 7041 ArScAn)
Pascale Ballet (UMR 7041 ArScAn)
Patrice Georges-Zimmermann (Inrap/
UMR 5608 TRACES)
Participation d’Éveha
Direction
Localisation
Egypte

du secteur (P. Georges-Zimmermann, M. Gaber).
© Ifao/Paris Nanterre.
La Mission française de Bouto (MfB), dirigée par, Loïc Mazou, Pascale Ballet et Patrice Georges-Zimmermann, s’est déroulée en deux phases (7 mai – 6 juin et 17 octobre – 1er novembre 2024). Cette mission s’inscrit dans le cadre d’un programme visant à étudier l’occupation urbaine de Bouto à l’époque impériale romaine (d’Octavien à Dioclétien) sous trois aspects fondamentaux : l’habitat, les activités de production et les pratiques funéraires. La campagne 2024 s’est concentrée sur la nécropole occidentale (secteur P22) et la zone d’ateliers de potiers (secteur P23).
Les travaux dans la nécropole ont été menés dans trois zones différentes (P22-3, P22-4 et P22-5), révélant une stratigraphie complexe qui témoigne de plusieurs phases d’occupation du site :
La nécropole occidentale (secteur P22)
Occupation de la Basse Époque
Les niveaux les plus anciens correspondent à un habitat de la Basse Époque. L’étude céramologique de ces couches a mis en évidence un corpus domestique composé principalement de céramiques à pâte alluviale locale (“jarres saucisse”, bouteilles, bols, etc.) et d’une quantité importante d’importations (environ 25% du mobilier). Ces dernières comprennent des amphores de Chios, d’Asie Mineure (Lesbos, Clazomènes) et du Levant, témoignant de l’insertion de Bouto dans les réseaux commerciaux méditerranéens.
Phase ptolémaïque
Dans la zone P22-3, la fouille d’un four datant de la période ptolémaïque médiane (fin IIIe – début/milieu IIe siècle av. J.-C.) a révélé un ensemble de productions céramiques comprenant des bols hémisphériques, des bols carénés, des gobelets cylindriques et des pots de cuisson. Un objet particulier a été découvert : une lanterne en terre cuite façonnée par tournage.
Nécropole romaine
La zone P22-4 (environ 100 m²) a livré 30 sépultures d’époque romaine (Ier-IIe siècles apr. J.-C.). Les défunts étaient généralement inhumés dans des contenants formés de deux jarres mises bout à bout. Deux cas particuliers ont été relevés : une sépulture utilisant une cuve de sarcophage retournée comme couverture (le fond n’est pas construit), premier exemple de réutilisation d’un contenant que nous rencontrons, et une sépulture d’immature où une jarre était complétée par une céramique pour protéger les jambes et les pieds.
L’étude archéothanatologique des sépultures a révélé des indices de momification (traces de tissus, de plâtre et de feuilles d’or) et des anomalies de position des ossements suggérant des prélèvements (pillages). Un aménagement inédit a aussi été observé dans une des sépultures : un plat profond en céramique Fine Rouge romaine placé derrière la tête du défunt, créant une sorte de nimbe ou d’auréole protectrice.
Les ateliers de potiers (secteur P23)
La fouille de ce secteur a permis de poursuivre l’étude d’un groupe de 10 fours de potiers d’époque romaine et de comprendre leur environnement.
Phases d’occupation
L’étude stratigraphique a révélé que les ateliers de potiers du Haut-Empire (milieu Ier – début IIe siècle apr. J.-C.) ont été implantés sur des vestiges d’habitat de la Basse Époque et de l’époque ptolémaïque. Les larges murs en briques crues datant de la Basse Époque ont servi de fondation pour les fours, assurant stabilité et solidité aux structures de cuisson.
Architecture et technologie des fours
Quatre nouveaux fours (F07 à F10) ont été étudiés dans la partie nord du secteur. Les fours F07 et F10, les plus imposants (2,80 m et 2,50 m de diamètre), présentent un système de ventilation par tuyaux à cols d’amphores emboîtés. Les fours F08 et F09, plus petits (1,60 m de diamètre) et moins bien conservés, témoignent d’une simplification technologique qui pourrait indiquer un déclin de la production.
Les différents contextes associés directement aux fours F07 et F10 contiennent peu d’éléments de la production du secteur, en raison de l’arasement important de ces structures et de la mauvaise conservation des couches de remplissage ou d’abandon. Cependant, on y trouve des tubulures destinées à la cuisson en mode C (phase complète d’oxydation), ou possiblement utilisées comme conduites de ventilation dans la chambre de chauffe. Cela indique une relative uniformisation technique des fours de tout le secteur, qui alternaient probablement entre des cuissons en mode C et des cuissons en mode A (cycle : réduction, réduction, oxydation).
Études céramologiques complémentaires
Une étude de la vaisselle de table ptolémaïque du secteur P16 a mis en évidence des productions locales imitant des formes grecques, notamment des bols à deux anses, inspirés des skyphoi. Ces imitations témoignent de l’adoption de modèles méditerranéens dans la culture matérielle égyptienne.
Conclusion et perspectives
La campagne 2024 a permis d’approfondir la connaissance de deux composantes majeures de la ville antique : la production artisanale et les pratiques funéraires. Les recherches montrent une zone intensément occupée depuis la Basse Époque jusqu’à l’époque romaine, avec une transition qui semble s’effectuer sans rupture majeure. La cohérence chronologique et spatiale entre les secteurs artisanaux et funéraires reste à préciser.
Pour les prochaines campagnes, l’accent sera mis sur l’exploration de la zone centrale du kôm A, où des vestiges d’architecture en briques crues pourraient indiquer la présence d’une zone d’habitat d’époque impériale, permettant ainsi d’aborder le troisième volet du programme (“Vivre”).
La mission de Bouto constitue une contribution importante à la compréhension de l’évolution des villes du Delta du Nil à la transition entre les périodes pharaonique, hellénistique et romaine, offrant un éclairage sur les dynamiques économiques, culturelles et sociales de cette région.

© Ifao/Paris Nanterre.Fig. 3 : Secteur P22. Lanterne, Inv. n° P22/22544.01. Production probable du four ptolémaïque.
(I. Mohamed Ibrahim). © Ifao/Paris Nanterre.

(P. Georges-Zimmermann). © Ifao/Paris Nanterre.

(M. Gaber). © Ifao/Paris Nanterre.

© Ifao/Paris Nanterre.

© Ifao/Paris Nanterre.

(I. Mohamed Ibrahim). © Ifao/Paris Nanterre.

