Aghmat – 2018

Participation d’Éveha
Topographie SIG

Localisation
Maroc

Au cours du mois de février 2018, une campagne de fouilles de sauvetage de deux semaines a été organisée sur le site d’Aghmat. Cette intervention était motivée par le projet de construction, initié par le Ministère de la Culture et de l’information, par le biais de la Direction du Patrimoine Culturel et la Direction régionale de la culture Marrakech-Safi, en plein coeur de l’ancienne ville médiévale, d’un nouveau bâtiment destiné aux archéologues comme aux visiteurs.

L’existence en ce lieu d’une demeure somptueusement aménagée avait été révélée par la précédente campagne – automne 2017 – lors de laquelle seule une surface limitée avait pu être explorée. L’extension de la zone de fouille permet maintenant de se faire une idée plus précise de la configuration de ce quartier.

Après un décapage général réalisé à l’aide de moyen mécanique, les fouilles ont porté sur une surface de près de 1000 m².

Ce sont au moins deux riches unités domestiques qui sont désormais documentées dans ce secteur. Chacune est agrémentée d’une cour à ciel ouvert abritant un bassin flanqué de jardins. Des espaces de réception occupent les petits côtés de la cour. Des pièces de fonctions – latrines, cuisines… – complètent l’ensemble. Un troisième habitat du même type pourrait être présent. Ces bâtiments, au plan assez régulier, ont été construits entre la fin du 13e siècle et le début du 14e si l’on se fie aux informations livrées par le matériel céramique (quelques traces d’une occupation plus ancienne sont apparues au sein d’un sondage profond réalisé en 2017).

Dès le 14e siècle, certaines modifications sont apportées. Dans l’une des demeures, la cour est enrichie d’une bordure de carreaux de zelliges – des carreaux glaçurés polychromes – dessinant des motifs géométriques. Ce sont les premiers zelliges retrouvés en place sur le site d’Aghmat.

C’est au 14e siècle, au plus tard, que remonte l’aménagement d’une large voie bordant certaines des habitations sur leur flanc nord. La chaussée, large de plus de 3 m, est entièrement couverte de dalles soigneusement agencées : il s’agit là d’un type d’aménagement tout à fait exceptionnel pour cette époque.

Par la suite, l’ensemble des habitats paraît connaître des transformations assez radicales : certains accès sont condamnés, des murs sont arasés, et de nombreux témoignages d’une intense activité domestique ont été identifiés : fours, latrines, foyers, dépotoirs… Ces transformations paraissent trahir un changement de statut des occupants. L’occupation semble perdurer au-delà de la première moitié du 14e siècle, alors qu’il a longtemps été considéré que la ville d’Aghmat avait été largement désertée vers le milieu de ce siècle. D’une manière générale, la fouille de ce quartier invite à rajeunir de manière assez sensible l’abandon – ou tout au moins le déclin – de la cité d’Aghmat, la chaussée paraissant entretenue au moins jusqu’au 15e siècle.

Le site est par ailleurs ponctué de gigantesques fosses parfois très récentes liées à la récupération des matériaux de construction : par endroits, seuls quelques lambeaux de murs subsistent.

Il convient enfin de signaler que le plan des demeures mises au jour en ce secteur est fortement apparenté à celui du « palais » identifié dès 2008. Ceci confirme la richesse de la ville médiévale d’Aghmat, dans laquelle les habitats d’une grande tenue avaient manifestement une place importante.

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