Direction
Asma Ibrahim (Conservateur, Musée de la Banque Nationale du Pakistan, Karachi)
Monique Kervran (D.R. émérite, CNRS, UMR 8167, Orient et Méditerranée)
Kaleem Lashari (Secrétaire, Dept. de la Culture, Gov. du Sindh)
Valeria Piacentini (Professeur émérite, Université Catholique du Sacré Cœur, Milan
Cyril Driard (Archéologue, Évéha)
Participation d’Éveha
Recherche archéologique
Localisation
Pakistan

La campagne 2015 était la dernière du programme de recherche quadriennal portant sur l’ancienne cité de Banbhore. Cette campagne française avait pour objectif de retrouver les plus anciennes traces d’occupation du site et d’identifier puis de caractériser la zone portuaire préislamique.
Huit sondages ont été ouverts en fonction des résultats de la campagne précédente. Les sondages ont été établis dans la continuité de ceux de 2014, suivant le pendage du terrain nord‑est/sud-ouest. La méthode de fouille employée consiste a réaliser une descente par passes plus ou moins hautes. La céramique permet ensuite de proposer une fourchette chronologique pour chacune de ces passes arbitraires.
Les sondages ont permis d’apporter des informations sur l’occupation du site à la période préislamique ainsi que sur son évolution jusqu’à la période islamique, marquée par l’édification d’une partie de la grande enceinte que nous pouvons observer actuellement.
L’enceinte présente très distinctement plusieurs états et plusieurs phases d’édification au sein de ces différents états. En avant de l’enceinte islamique, le sondage IV-51.41 a permis de mettre au jour des constructions maçonnées avec des niveaux de sols venant s’implanter à une moyenne de 5 m de son parement intérieur. Ceci suggère l’existence d’un espace non bâti laissé libre entre la fortification et ces bâtiments. Plusieurs états de construction ont pu être mis au jour. Le premier état maçonné correspond à un mur d’une largeur d’environ 1 m, adossé au mur de l’enceinte, au centre duquel une porte a pu exister (ceci reste à confirmer). Toutefois, il est difficile d’interpréter ce premier état : correspond-il à un doublage du mur d’enceinte ou bien s’agit-il du reste d’un bâtiment originellement adossé à celui-ci ? Par la suite, ce mur a été maintes fois repris et remanié.
Sous ces niveaux construits, une suite de strates alternant dépôt alluvial et sableux a pu être mis au jour. Chacun des niveaux sableux témoigne d’une occupation éphémère liée de la montée des eaux du fleuve. L’une de ces strates a livré un aménagement fait de trous de piquet et de planches de bois dont des vestiges décomposés étaient préservés. L’orientation de ces aménagements suit celle du bras du fleuve, orientation que vient également reprendre l’enceinte islamique. La structure correspond à une construction charpentée légère, manifestement utilisée pendant une période assez brève : les trous de piquets sont comblés par le dépôt alluvial suivant, lequel vient également recouvrir les planches de bois.
Il faut vraisemblablement associer cet aménagement à la vie du bord du bras du fleuve que pouvaient avoir les habitants de la ville préislamique, en amont du port : cabane de pêcheurs ou de personnes liées à la vie du port ?
Ce sont ces niveaux alluviaux ainsi que la mise au jour d’une maçonnerie d’une largeur de 1,40 m dans le sondage V-95 en 2014 qui avaient permis d’émettre l’hypothèse de la présence du port dans le bras occidental du fleuve. En réalité, les niveaux alluviaux s’observent sur l’ensemble du site, d’ouest en est et sur toute la partie sud (d’anciennes stratigraphies toujours visibles permettent d’assurer cette observation, corroborée par la fouille de l’équipe italienne). Par ailleurs, la reprise du sondage V-95 invite à privilégier une nouvelle interprétation de la maçonnerie. Celle-ci s’avère être un collage de deux maçonneries d’environ 70 cm d’épaisseur et non un ensemble homogène. Le premier mur appartient à un bâtiment rectangulaire d’un peu plus de 2m de large. La seconde maçonnerie correspond à un simple doublage postérieur destiné à renforcer ce bâtiment implanté en limite de rupture de pente. Cet aménagement est donc lié à la topographie particulière du site, implanté sur une succession de terrasses.
En l’état actuel des connaissances, l’emplacement originel du port demeure incertain. Dans les années 1960, un port avait été identifié près de l’entrée méridionale : peut-être faut-il en rester à cette hypothèse ?
L’alternance des dépôts alluviaux et sableux se retrouve dans les sondages IV-6.15.16.25, IV-3.4.14, V-96 (2014). De nombreuses zones de foyers , d’ossements de faunes, de coquillages sont présents sur les strates sableuses. Ils témoignant d’une occupation éphémère de cette partie basse de la cité à la période préislamique. À cette phase préislamique, antérieure à l’édification de l’enceinte islamique, est rattaché un niveau d’habitat plus pérenne observé dans le sondage IV-3.4.14. Il est caractérisé par un sol en mortier. Ce sol présente des divisions qui peuvent être le négatif d’anciennes cloisons internes. Ce type de sol, caractéristique par sa couleur et sa composition, se retrouve dans différents endroits du site, au moins dans sa partie sud.
Dans ces sondages, nous n’avons pas atteint la roche naturelle qui se trouve en dessous des niveaux sur lesquels nous nous sommes arrêtés. Un dernier sondage a été ouvert la dernière semaine à 120 m au nord du sondage IV-51.41. Ce sondage avait pour but d’atteindre les premiers niveaux d’occupations du site. 8 m de stratigraphie ont été descendus dans un sondage en “puits” afin d’atteindre le substrat. Ce niveau se trouvant sous celui de la nappe phréatique, une pompe a été mise en place. Malgré les conditions difficiles (nappe phréatique, emprise au sol très réduite du sondage), il semble que le fond de ce sondage corresponde au niveau géologique du site. La céramique devrait permettre de mieux dater la séquence d’occupation.

(© Mission archéologique de Banbhore)

(© Mission archéologique de Banbhore)

(© Mission archéologique de Banbhore)

(© Mission archéologique de Banbhore, relevé et DAO L. Fiocchi)
