Direction
Dr. Christophe Sévin-Allouet (Éveha International)
Participation d’Éveha
Direction de projet et support matériel
Localisation
Sultanat d’Oman

La campagne archéologique 2021
Cette quatrième et dernière campagne de la mission archéologique à Khor Jarama s’est déroulée du 8 octobre au 12 novembre 2021. L’objectif de cette année était d’entreprendre la fouille des quatre dernières tombes de la nécropole : la tombe 4, la tombe 5, la tombe 6 et la tombe 7.
La chronologie de la nécropole
Cette année, au terme de la quatrième et dernière campagne de fouilles, les résultats obtenus confirment les éléments observés les années précédentes. Avec des dates remontant à la seconde moitié du 4e millénaire, les monuments funéraires du site semblent être les plus anciens connus à ce jour à Oman.
La nécropole a connu deux phases d’utilisation distinctes : les monuments 1, 3 et 5 sont datés entre 3500 et 3300 cal. BC, tandis que les tombes 2, 4, 6 et 7 semblent plus récentes avec des dates comprises entre 3350 et 2900 cal. BC. Par ailleurs, l’architecture des tombes, ainsi que les matériaux de construction utilisés, mais surtout les pratiques funéraires observées, sont différents entre ces deux groupes de tombes. Des études encore en cours permettront d’y voir plus clair et il serait également intéressant d’entamer un programme de recherche ADN afin de déterminer si nous avons ou non ici deux groupes d’individus d’origine géographique distincte.
Il faut noter que toutes les tombes de la première phase (tombes 1, 3 et 5) ont été réutilisées ultérieurement, soit pendant la période Umm an-Nar, soit plus tard pendant l’âge du Fer.
La tombe 5
La tombe 5, fouillée cette année, est construite en pierre calcaire semble architecturalement identique aux tombes 1 et 3 (fig.1). Elle a été réutilisée au moins deux fois. Si sa datation semble plus récente, il reste cependant possible qu’un dépôt antérieur, contemporain des tombes 1 et 3, ait eu lieu dans cette tombe. Les restes de ce dernier auraient été partiellement vidés et/ou mélangés aux ossements du dépôt suivant. Cependant, le décompte des ossements de la tombe 5 n’augmente pas le MNI, qui est de 2, et nous empêche de vérifier cette hypothèse.
Les dépôts de cette tombe sont accompagnés de quelques perles qui servaient d’éléments de parure aux défunts. Les individus déposés dans cette tombe étaient tous des adultes, et les ossements sont ici trop mal conservés pour établir un diagnostic de sexe.
Les tombes 4, 6 et 7
Les sépultures 4, 6 et 7, construites en radiolarite, sont identiques dans leur architecture à la sépulture 2, fouillée en 2019 (fig. 2). Elles témoignent toutes de pratiques funéraires identiques. Les tombes sont ainsi construites pour un ou deux individus seulement qui sont placés sur une dalle centrale en calcaire blanc. Les individus, parés de colliers ou de bracelets de perles, sont accompagnés dans la tombe de morceaux de viande de chèvre et de mouton : ces animaux étaient probablement tués lors des funérailles, une partie de l’animal accompagnant le défunt dans la tombe et l’autre étant consommée par la communauté lors des funérailles. La mise à mort d’animaux dans la fleur de l’âge indique clairement que la communauté s’est privée d’une ressource importante ; cela souligne l’importance des défunts présents dans ces tombes et pour lesquels ces animaux ont été tués.
La tombe 7 présente un intérêt particulier car deux individus de sexe féminin y ont été trouvés. Nous faisons l’hypothèse d’un dépôt simultané d’après les datations très identiques, et surtout d’après le fonctionnement de la tombe qui n’est pas faite pour recevoir des dépôts successifs (fig.3). L’une des deux femmes montre des traces de traumatismes crâniens péri-mortem : il n’est pas encore établi que ces coups aient conduit à la mort de l’individu et cette hypothèse doit être vérifiée par des analyses complémentaires (fig.4).
Conclusion et perspective
Ainsi, ces quatre campagnes de fouilles sur le site de Khor Jarama, dans le Ja’alan omanais, ont probablement mis en évidence un nouveau modèle ou « culture » funéraire encore inconnue à ce jour en Oman. Cette fouille a en effet permis la découverte des premières tombes monumentales connues à ce jour en Oman, dont les datations se situent très haut durant le milieu du 4e millénaire avant J.-C., soit plusieurs siècles avant les monuments de la culture Hafit. Cette découverte vient combler des données très lacunaires qu’il y avait jusqu’à présent en Oman pour la période entre 3500 et 3100 av. J.-C., c’est-à-dire la période de transition entre la fin du Néolithique et le début de l’âge du Bronze.
Un nouveau projet dans les années à venir visera donc à caractériser et à définir cette culture à travers son extension géographique, ses pratiques funéraires, son habitat, sa culture matérielle, mais surtout sa population et sa structure sociale. Les problèmes sont alors nombreux : qui sont ces gens ? comment sont-ils organisés ? où se trouve leur habitat et quelles relations entretiennent-ils avec les communautés environnantes ? Et surtout, comment et selon quelles modalités peut-on expliquer la transition entre ces populations néolithiques et la culture Hafit de l’âge du Bronze ?






