Direction
Jérémie Schiettecatte (CNRS, UMR 8167 Orient et Méditerranée)
Abdalaziz al-Ghazzi (Université King Saud, Riyadh)
Participation d’Éveha
Archéo-anthropologie
Localisation
Arabie Saoudite

La troisième campagne de fouilles et de prospection du programme franco-saoudien d’al-Yamâma s’est déroulée entre le 24 octobre et le 29 novembre 2013. La collaboratrice d’Éveha International, une anthropologue, a participé au seul volet funéraire du programme.
Le projet comportait plusieurs volets :
– fouilles de la grande mosquée du site d’al-Yamāma et de ses abords ;
– poursuite de la prospection géomagnétique du site d’al-Yamâma ;
– poursuite de l’inventaire des sites préhistoriques de la région d’al-Kharj ;
– fouilles de cinq tombes sur le site de la nécropole d’Ayn al-Dila 1.
Site d’al-Yamāma : La grande mosquée et ses abords
La salle de prière de la grande mosquée est désormais intégralement dégagée. Dans son dernier état, le bâtiment était divisé en trois nefs par des files de colonnes. Il mesurait approximativement 180 m2 et pouvait accueillir de 150 à 160 fidèles. Il comportait deux mihrab ainsi qu’un escalier aménagé dans son angle sud-ouest. L’emplacement du minbar ne peut être déterminé avec certitude. Différents sols correspondant aux différents états de la mosquée ont été identifiés. Sur certains, des empreintes de nattes en palmier ont pu être retrouvées. Des plateaux de jeux (alquerque, damiers, etc.) – près d’une vingtaine – ont été reconnus sur le plus ancien de ces sols. Les dernières fouilles ont montré que, dans les dernières phases d’occupation, les entrecolonnements les plus orientaux étaient fermés de murets peu élevés, marquant ainsi une nette séparation entre la cour – à ciel ouvert – et la salle de prière – couverte.
Dans la cour, la fouille d’un péristyle occupant le côté nord s’est par ailleurs poursuivie.
En l’état actuel, 5 phases d’occupation sont mises en évidence. La plus ancienne remonte à la période abbasside. Les deux dernières au moins sont ottomanes : le monument a probablement été abandonné au cours du 18e siècle.
Parallèlement à la fouille, la prospection géomagnétique s’est poursuivie sur le site. Elle a porté sur une surface de 35 000 m2. Plusieurs anomalies correspondant très certainement à des murs ont été relevées. Ces éléments permettent de se faire un idée plus précise de l’emprise urbaine de l’ancienne cité.
Prospection méthodique des sites préhistoriques de la région d’al-Kharj
L’autre volet du programme concerne les occupations préhistoriques. Pour les périodes les plus anciennes, la poursuite de la prospection dans l’ensemble de la région d’al-Kharj a permis d’identifier 12 nouveaux sites (AK 30 à 41). L’un d’eux a été testé (AK 31) et a livré un abondant mobilier lithique.
Ces sites seraient vieux de 200 000 à 50 000 ans (Paléolithique moyen).
La nécropole d’Ayn al-Dila
Au sud-ouest de la ville d’al-Kharj, la grande nécropole d’Ayn al-Dilāʿ occupe la bordure d’un plateau calcaire dominant la vallée. Elle est connue depuis les année 1920 et a été prospectée dans les années 1970. En 2013, plusieurs interventions ont concerné cette vaste nécropole.
Un plan général réalisé à partir de photos satellites a révélé l’existence de plus de 3000 tombes. Un classement typologique fait ressortir quatre grandes familles, dont deux sont très nettement majoritaires : il s’agit de tombes de plan quadrangulaire pour l’une, circulaire pour l’autre. Elles comportent une chambre funéraire en partie centrale et dans les deux cas la limite extérieure est constituée de dalles en calcaire montées de chant qui servent à maintenir la superstructure en pierre. Malgré une différence de plan (tantôt rectangulaire, tantôt circulaire), les procédés de construction sont très proches et les deux types ont pu être utilisés pendant une même période.
Cinq tombes qui paraissaient former un ensemble cohérent ont été fouillées dans un même secteur. Ces investigations visaient à obtenir des informations sur la morphologie des tombes, mais aussi à apprécier leur état de conservation. Deux d’entre elles étaient vides (vraisemblablement pillées) ; dans les autres la conservation osseuse était souvent très médiocre (il a toutefois été possible d’identifier trois individus au total, dont un adulte et un adolescent). Plusieurs dépôts funéraires ont été retrouvés, qui démontrent que les tombes n’ont parfois fait l’objet que d’un pillage sommaire. Il s’agit notamment de perles en cornaline ou en coquille, de mortier ou d’objets en métal : un sabre et un anneau en bronze ainsi qu’un objet en fer de nature indéterminée. À partir de ces éléments, une datation des trois inhumations a pu être proposée, allant du bronze ancien à l’âge du fer, sans qu’il soit possible de savoir si l’utilisation de la nécropole s’est faite de manière ininterrompue pendant cet intervalle de temps, ou si elle a été marquée par des périodes d’abandon.
Dans tous les cas, les chambres funéraires semblent avoir été prévues pour un individu unique. Dans un cas, deux individus étaient présents, mais ils ont été inhumés au cours de deux périodes bien distinctes : l’un (l’adolescent) au cours du bronze ancien ; l’autre durant l’âge du fer (la seconde inhumation est par ailleurs intervenue après un pillage partiel et une période d’abandon de la première inhumation).



