Direction
François Leclère (PSL Research University Paris / EPHE Sciences religieuses, EA 4519 – Égypte ancienne : archéologie, langue religion)
Participation d’Éveha
Carottages archéologiques
Topographie SIG
Localisation
Égypte

La mission qui s’est déroulée au printemps 2014 sur le site de Tanis (Delta nord-oriental du Nil, Égypte) est la première d’un nouveau projet de recherche quadriennal, portant principalement sur l’organisation du bâti urbain et le paléo-environnement hydrologique de l’agglomération antique, et intégrant également un volet d’études égyptologiques et épigraphiques relatives aux inscriptions tanites de la Troisième Période intermédaire.
Un important travail de topographie a été réalisé, grâce à la collaboration d’Évéha international :
— Un plan topographique général du site en courbes de niveaux, en coordonnées locales, avait été réalisé en 1984-1985, sur la base d’une vingtaine de stations matérialisées sur le terrain. Les stations aujourd’hui subsistantes ont été géo-référencées et le plan a été en partie corrigé. Un modèle numérique de terrain est en cours d’établissement.
— Un carroyage a par ailleurs été implanté dans la partie sud-ouest du temenos d’Amon et dans la zone centrale du tell, sur la base d’un maillage de rectangles de 20 x 40 m et sur une surface de 25 ha, afin d’y réaliser des prospections magnétiques et céramologiques.
La prospection magnétique a produit des résultats spectaculaires, notamment dans la vaste plaine centrale, où peu de vestiges sont visibles à l’œil nu en surface : elle a permis de mettre en évidence de très nombreux bâtiments, répartis en plusieurs quartiers aux caractères urbanistiques bien différenciés, ainsi qu’une partie du réseau viaire qui les structurait, marqué par trois grands axes est/ouest, nord/sud et nord-est /sud-ouest. Des anomalies fortement magnétiques repérées en plusieurs endroits correspondent à des rejets d’ateliers et des concentrations de fours de potiers.
La prospection céramologique commencée dans la même zone a permis de proposer une datation pour ces quartiers (fin de la Troisième Période intermédiaire au nord-ouest, Basse époque et Époque hellénistique au sud-ouest, Époque romano-byzantine au nord-est) et de déterminer que certaines des zones d’ateliers mis en évidence correspondent à des fours de potiers de la fin de la Troisième Période intermédiaire, offrant pour la première fois en Égypte la possibilité de fouiller des ateliers de production céramique de cette époque.
La collaboration d’Éveha International s’est également concrétisée par la réalisation et le positionnement d’une série de carottages profonds à la tarière manuelle répartis tous les 100 à 200 m sur un axe nord-sud, à travers la partie médiane du tell. Ces carottages ont permis d’estimer précisément l’épaisseur des niveaux anthropiques et de reconstruire un profil stratigraphique général de la ville jusqu’à la surface de la butte naturelle sableuse pléistocène, la gezira sur laquelle l’établissement urbain pérenne s’est développé. Ils suggèrent également l’existence d’une vaste étendue d’eau, peut-être une lagune, dans la partie nord du site, immédiatement au nord du téménos d’Amon. Étendus progressivement à l’ensemble du tell lors des prochaines campagnes, l’ensemble des carottages donnera une idée plus précise, en trois dimensions, de la morphologie générale du site et de la gezira sous-jacente, et permettra de spatialiser les grandes phases d’occupation sur l’ensemble du tell.
Pour ce qui concerne l’étude du paléo-paysage de l’agglomération antique, une première analyse de la cartographie et de l’imagerie satellitaire ancienne et récente a montré l’évolution de l’hydrographie locale depuis la fin du 18e siècle, fournissant une base de départ pour la recherche de l’emplacement de l’ancienne branche tanitique à proximité du site. Plusieurs sections de résistivimétrie ont été réalisées dans les champs à l’ouest du site, au nord et au sud de la ville moderne de San el-Hagar, de part et d’autre des canaux actuels. Les résultats prometteurs obtenus seront corroborés, lors des prochaines saisons, par un programme systématique de carottages géomorphologiques. L’étude portera également sur les lagunes et les canaux anciens au voisinage de la ville ancienne.
Sur le plan épigraphique et égyptologique, la première phase d’une étude paléographique a été menée dans la tombe de Chéchanq III (NRT V), dans la perspective d’une étude générale sur l’écriture hiéroglyphique de la Troisième Période intermédiaire sur la base des inscriptions des tombes royales, tandis qu’une étude des blocs de la 21e dynastie a été reprise, en prévision de publications à finaliser (étude de 200 blocs provenant de tombes privées de la 21e dynastie remployés dans la tombe de Chéchanq III ; séries de blocs et statues portant des inscriptions royales de la Troisième Période intermédiaire).






