Direction
Pierre-Louis Gatier (CNRS, UMR 5189 – HISOMA)
Participation d’Éveha
Topographie SIG
Localisation
Liban

La campagne de 2012 a permis, entre autres résultats, trois importantes avancées dans la connaissance du site de Tyr-ville.
D’une part, dans le Secteur 1, dit de la cathédrale médiévale, les restes du petit bâtiment à bassin situé au Nord-Est de la cathédrale ont été dégagés de la végétation et des déchets modernes. L’analyse des appareils, ainsi que la fouille des rares couches en place ont révélé deux phases de cette construction trapézoïdale d’environ 12 m N/S sur 9 m E/O. Elle est identifiée à un bâtiment d’ablutions qui était lié à une mosquée et qui était partiellement souterrain, enterré dans les niveaux préexistants. Ses deux états successifs se caractérisent par des compartiments individuels, latrines et bacs à douche réunis ou distincts, organisés autour d’un espace dallé central dans lequel on descendait par un escalier et qui a reçu, dans sa deuxième phase, un bassin rectangulaire central. Un système raffiné de canalisations hydrauliques permettait le fonctionnement du bâtiment, dont les derniers remaniements, bien datés par la céramique, appartiennent à la période fatimide (fin du XIe s.). L’étude de photos des fouilles anciennes de la DGA, ainsi que l’examen des fondations de la cathédrale franque et du grand mur E/O arasé dans le collatéral sud, ont montré que le bâtiment d’ablutions s’appuyait contre le mur est d’une vaste mosquée dont le dernier état est fatimide, comme le montrent les restes d’un arc à claveaux à queues d’aronde. Il s’avère que cette mosquée a été rasée pour faire place à la cathédrale des Croisés.
D’autre part, dans le Secteur 4, une portion importante des vestiges, très détruits, d’un bâtiment octogonal qui en occupe la partie centrale, délimitée par des rues retrouvées sur trois des quatre côtés, a été relevée. Les restes de décors en marbre, dont des éléments de tables liturgiques et de chancels, et les fragments de sols mosaïqués, en place ou restaurés, permettent d’identifier cet octogone, inscrit dans un octogone et entouré d’annexes, à un martyrium chrétien protobyzantin du Ve ou du VIe s., d’un type bien connu au Proche-Orient. Nos prédécesseurs y voyaient un marché ou un secteur commercial. Des boutiques et des constructions monumentales ont été relevées au Sud-Est, de l’autre côté d’une rue à colonnades qui bordait le martyrium.
Enfin, dans la partie centrale du « bâtiment à gradins » du Secteur 2, d’importants vestiges antérieurs aux différentes phases thermales ont été fouillés et relevés. Il s’agit d’un complexe bâti, d’une orientation différente de celle des constructions antiques et datable de la fin de l’âge du Fer (période perse, Ve-IVe s. av. J.-C.). Il est composé d’une construction rectangulaire dallée et d’une série de murs, parfois conservés en élévation sur trois assises, délimitant des salles rectangulaires. Il faudra mettre en relation les constructions « phéniciennes » de l’âge du Fer avec les autres bâtiments contemporains, en particulier avec le temple étudié par une équipe de l’Université Américaine de Beyrouth au Nord de notre Secteur 7, et envisager un usage religieux. Si les fonctions de cet ensemble monumental restent à préciser, le phasage est clair, avec un abandon et une destruction des bâtiments à l’époque hellénistique, suivis de l’installation de constructions hellénistiques médiocres et dispersées.
Par ailleurs, dans le Secteur 2, au Nord du « bâtiment à gradins », les travaux de cette année ont montré que le réseau des citernes, dont les vestiges préservés entouraient sur trois côtés ce bâtiment, se poursuivait également sur le côté nord, dans une zone où d’importants remaniements protobyzantins et l’installation d’un puissant mur médiéval à contreforts l’avaient considérablement détruit.
Les vestiges découverts ont tous été topographiés de manière à pouvoir être intégrés au plan topographique général du site. Ce plan a par ailleurs été complété dans certains des secteurs qui n’ont pas été fouillés cette année. Enfin, la topographie a également été mise à contribution pour préciser le positionnement de certains éléments du corpus lapidaire en cours d’étude.














