Direction
Tony Silvino (Éveha – UMR 5138, Archéologie et Archéométrie)
Pedro Pereira (CITCEM – Université de Porto)
Participation d’Éveha
Fouilles archéologiques Direction
Localisation
Portugal

Le site de Trás do Castelo à Vale de Mir – Pegarinhos (Portugal) se trouve dans la vallée du Douro, en bordure d’un plateau granitique. Les nombreuses campagnes réalisées sur ce site depuis 2012 ont permis de dégager un établissement agricole mis en place à la fin du Ier s. ap. J.-C. et abandonné dans la seconde moitié du IIIe s. Les vestiges mis en évidence se rapportent à une exploitation rurale mêlant différents types d’activités : élevage, traitement des céréales, travail du textile (probablement du lin) et production vinicole. Cette dernière reste unique dans cette région, à cheval entre deux provinces (Tarraconaise et Lusitanie), puisqu’elle constitue la plus vieille attestation avérée dans la vallée du Douro. Il s’agit probablement de la partie économique d’un établissement de type villa. Le site est réoccupé durant le IVe s. soit en réutilisant certains espaces de l’ancienne exploitation, soit en créant de nouveaux bâtiments de nature plutôt frustre. L’une des particularités de cette occupation est la découverte de cinq petits dépôts monétaires que l’on peut interpréter comme des bourses. Des traces d’occupations plus anciennes ont également été observées. Il s’agit d’un gros mur de terrasse daté des IVe-IIIe s. av. J.-C. associé à du mobilier céramique. De même, la découverte d’une pointe en flèche en bronze de type Palmela atteste la présence d’un habitat du chalcolithique dans l’environnement du site.
Malgré les risques d’incendie et la chaleur du mois de juillet qui ont entravé sévèrement le bon déroulement de la fouille, la campagne de 2022 a tout de même permis de dégager un espace supplémentaire de l’occupation tardo-antique équipé de foyers et d’un dolium enterré, associé à un important épandage monétaire daté du début du Ve s. Cet espace contigu, établi sur un flanc granitique, était associé à une autre pièce dont le décapage superficiel a livré non seulement un autre épandage monétaire mais également toute une série d’objets en fer et en alliage cuivreux : grandes clefs, couteau, pince de forgeron, balance, lingots, etc. De nombreux lots de céramiques et en particulier des dolia ont été retrouvés à la surface de cet espace. Il faut également signaler la découverte d’objets de parure. La présence d’autres artefacts de ce type est avérée dans les niveaux de démolition et du niveau de sol charbonneux de la pièce. Tout ce numéraire (c. 1400 monnaies dont plus de 80 % environ sont des imitations) est associé à d’autres objets, comme la balance romaine, les lingots ou la pince. Cette panoplie nous laisse perplexe : s’agit-il d’un atelier monétaire de faussaires ou bien d’une réserve métallique en attente de recyclage ? La question demeure ouverte. Il restera de finir de fouiller lors de la prochaine campagne cet espace et de comprendre un peu mieux sa/ses destinations(s) exactes. Quoi qu’il en soit, ces découvertes font encore de ce site, un gisement archéologique majeur de la vallée du Douro.







