Pegarinhos – 2023

Localisation :

Portugal

Participation d’Éveha :
Fouilles archéologiques

Le site de Trás do Castelo à Vale de Mir – Pegarinhos (Portugal) se trouve dans la vallée du Douro, en bordure d’un plateau granitique. Les nombreuses campagnes réalisées sur ce site depuis 2012 ont permis de dégager un établissement agricole mis en place à la fin du Ier s. ap. J.-C. et abandonné dans la seconde moitié du IIIe s. Les vestiges mis en évidence se rapportent à une exploitation rurale mêlant différents types d’activités : élevage, traitement des céréales, travail du textile (probablement du lin) et production vinicole. Cette dernière reste unique dans cette région, à cheval entre deux provinces (Tarraconaise et Lusitanie), puisqu’elle constitue la plus vieille attestation avérée dans la vallée du Douro.
Les vestiges dégagés correspondent probablement à la partie économique d’un établissement de type villa.

Après une période d’abandon, le site est réoccupé durant le IVe s. soit en réutilisant certains espaces de l’ancienne exploitation, soit en créant de nouveaux bâtiments de nature plutôt frustre.
La campagne 2022 a permis de documenter un peu mieux cette seconde occupation avec la découverte de trois petits espaces contigus, établis sur un flanc granitique, dont la particularité est d’avoir livré un abondant mobilier de différentes natures : céramiques, objets métalliques, verre, éléments de parure et surtout monnaies. L’une des particularités de cette occupation tardive est en effet la découverte de cinq petits dépôts monétaires que l’on peut interpréter comme des bourses. Face à cette découverte surprenante, il a été décidé d’arrêter la fouille de ces espaces pour mettre en place un protocole spécifique en 2023.

La campagne 2023 a permis ainsi de fouiller manuellement les espaces susdits avec un tamisage intégral des sédiments. Le mobilier retrouvé était aussi bien dans les niveaux de démolition que sur les sols en terre battue. Le premier espace (20) est équipé de foyers et d’un dolium enterré, dont les analyses biochimiques (laboratoire Garnier) n’ont pas trahi la présence d’un produit en particulier : il s’agit très certainement d’un simple bac à eau. Plus au nord, le second espace (21a), qui compte un foyer, a livré les vestiges de 5 dolia écrasés sur place. Des analyses biochimiques sont en cours pour connaître le(s) contenu(s). Quant au dernier espace (21b), aucun aménagement n’y a été mis en évidence si ce n’est, comme les autres pièces, la présence de mobiliers : céramiques fines et communes, amphores, vases de stockage, vases en verre, outils en fer et en alliage cuivreux, éléments de parure, fragments de meules, pesons de tisserands et, surtout, l’important lot monétaire déjà évoqué.
En 2022, le nord de l’espace a livré environ 1350 monnaies. En 2023, l’espace 21b ajoute environ 560 exemplaires à cet ensemble. L’arc chronologique fournit par ce deuxième ensemble est similaire au lot 2022. Il court sur la quasi totalité du IVe s., du règne de Maxence à celui d’Arcadius. Il compte une forte proportion de monnaies imitées.
Le numéraire étant en cours d’étude, il est encore prématuré de tirer des conclusions définitives sur cette présence monétaire à deux endroits bien précis du site. À cet ensemble, nous pourrons peut-être associer les cinq petits dépôts (découverts en 2015 et 2021) dont la présence était pour le moins énigmatique. Nous pourrions éventuellement les envisager comme des offrandes.

Une seconde séquence a également été observée ; elle est matérialisée par la découverte de deux lampes à huile en terre cuite complètes. La première a été posée à plat sur les fragments de dolia de l’espace 21a. Elle est décorée du Sol Invictus divinisé. Quant à la seconde, elle a été retrouvée dans l’espace 21b, cette fois-ci posée à l’envers sur une plaque de schiste. Elle présente un décor d’un lion qui fait face à un serpent. Cet objet a été placé entre deux blocs en granite posés à plat qui, avec d’autres éléments en pierre, forment un arc de cercle dans la pièce.

La présence de ces types de mobiliers dans de petits espaces (15 m² en moyenne) nous laisse perplexes. Si ces pièces ont pu servir de simples zones de rejets, certaines particularités, comme la présence de lots monétaires avec une certaine organisation, pourraient plaider en faveur d’un lieu de culte. On relève en particulier les ressemblances avec les pratiques cultuelles tardives observées dans les sanctuaires de Gaule : les monnaies ne sont plus ramassées et elles jonchent les sols au plus près des reliques. Elles sont soit déposées à même le sol, soit lancées (Iactatio stipis).
Cette lecture « cultuelle » pourrait être confortée par la seconde séquence qui, avec ses lampes à huile soigneusement déposées, trahirait une pratique religieuse peut-être d’origine orientale. La présence de deux lampes à huile complètes, chacune dans une pièce, associée aux blocs positionnés en arc de cercle, pourraient effectivement attester un geste magique pour « fermer » ce lieu.
Des exemples de ce type de site sont rarement documentés dans la péninsule ibérique. Il faut aller dans des contrées plus lointaines comme en Germanie ou dans le nord de la Gaule pour avoir des éléments de comparaison..

Campagnes