Direction
Yann Tristant (Senior Lecturer, Macquarie University, Sydney, Australie)
Participation d’Éveha
Archéo-anthropologie
Localisation
Égypte

La campagne de fouille réalisée de mi-novembre à mi-décembre 2015 s’est concentrée sur un secteur encore inexploré de 550 m² (fig. 1). Les informations enregistrées se sont révélées riches en renseignements car la dizaine de tombes ou monuments funéraires mis au jour concerne la plupart des périodes d’occupation de la nécropole, chacune ayant un dispositif sépulcral et un mode de traitement des défunts caractéristiques.
La période protodynastique est représentée par la sépulture B1120 (fig. 2). Cette structure consiste en un petit coffre en bois orienté Sud-Ouest/Nord-Est, dans lequel a été déposé une femme en position hyper-contractée sur le côté gauche. Cette architecture funéraire et ce mode dépôt sont déjà bien documentés pour cette période ancienne (Vaudou 2008).
Le puits funéraire M1155 en cours de fouille et le monument à offrande MoM1133 datent de la Première Période Intermédiaire (11ème dynastie) (fig. 3). L’implantation à proximité et l’architecture des puits funéraires M1156 et M1147 sont de bons indices pour les considérer comme contemporains. Les monuments à offrandes surmontant une chambre funéraire souterraine à laquelle on accède par un puits sont caractéristiques de cette période .
Le monument M1104 (fig. 4) constitué de 10 puits funéraires illustre la fin de la Première Période Intermédiaire et le début du Moyen Empire. La profondeur des puits augmente progressivement des extrémités vers le centre. Les puits les plus profonds (B1107, B1106, B1139, B1140 et B1148) possèdent une chambre souterraine fermée par un mur en briques crues. La perturbation du monument durant l’Antiquité a entraîné la mobilisation systématique des défunts inhumés dans les puits funéraires : il n’est donc pas possible de décrire plus avant le mode de dépôt des défunts de cette période. Les deux défunts allongés sur le dos et la tête à l’ouest découverts dans des niveaux de démolition datent vraisemblablement de la période ptolémaïque ou romaine.
Les quatre tombes à escalier fouillées durant cette campagne (M1101, M1112, M1152 et M1157) remontent à la période ptolémaïque. Si trois d’entre elles ont été fouillées par C. Fisher au début du XXème siècle, la structure 1112 (fig. 5) a livré les restes momifiés de trois défunts allongés sur le dos, la tête au sud (fig. 6 et 7). La technique de momification à l’aide de bandelettes et la position des défunts sont caractéristiques des derniers siècles avant notre ère . Par ailleurs, la stratigraphie permet de conclure que la défunte placée dans le sarcophage 1112.08 a été inhumée avant les deux autres défunts placés sur des rangs de blocs. L’utilisation relativement courte de cette tombe pourrait indiquer qu’il s’agit d’une sépulture familiale.
De très jeunes immatures découverts dans des niveaux de démolition de la chambre funéraire du puits 1107 et de la tombe 1112 illustrent la réutilisation de sépultures anciennes durant l’Antiquité. Il s’agit probablement de sépultures opportunistes.
Cette campagne de fouille a donc permis d’explorer un secteur inédit en repartant de zones fouillées anciennement par Fischer, et en étant certain de ne pas rater de structures. Les tombes mises au jour documentent les grandes périodes d’occupation de la nécropole et les principaux types architecturaux. Bien que souvent perturbées ces sépultures, monumentales ou non, donnent une idée du fort potentiel de ce secteur avec la présence de possibles structures intactes. Le bon état de conservation des squelettes (au moins 31 individus recensés), des matériaux périssables (coffre en bois, tissu, etc.) et du mobilier en général est en effet très encourageant pour la prochaine campagne de fouille.










