Dendara – 2019

Participation d’Éveha
Archéo-anthropologie

Localisation
Égypte

Dans la continuité des travaux réalisés sur la nécropole de Dendara depuis 2017, la mission de cette année avait pour but d’étudier la manière dont le mastaba dit « d’Abu Suten » (M1055), peut-être la plus ancienne structure funéraire pharaonique du site, a structuré la zone centrale de la nécropole, de vérifier la validité des fouilles menées précédemment par W.M.F. Petrie puis par C. Fisher, et surtout d’étudier des ensembles funéraires encore intacts. La fouille s’est donc concentrée sur les trois mastabas dégagés durant la mission 2018, M1377 et M1403 au nord de M1055, et M1428 à l’ouest.
M1377
La tombe M1377 est constituée d’un puits vertical de 7 m de profondeur donnant accès à une petite chambre funéraire au sud. Il est aligné sur le mur est du mastaba M1055, et orienté de la même manière au Nord-Nord-Est. Le puits est marqué au sol par une couronne de briques contre laquelle est accolée à l’est une chapelle miniature formée d’un muret en briques délimitant un sol aménagé avec de l’argile dans lequel est encastré un bassin à libation en calcaire. Un total de 9 squelettes a été retrouvé. L’étude anthropologique a été menée par Ch. Girardi (chercheur associé, Université Montpellier III (Paul-Valéry) et Y. Prouin (Eveha International) avec l’aide de J. Carruthers (Macquarie University). La tombe contenait 2 adultes matures (dont une femme) et 7 enfants (de 1 à 10 ans ; le plus âgé est atteint de tuberculose osseuse), ont été fouillés entre 4,4 m et 6 m de profondeur. Ils étaient enterrés dans un comblement de sable homogène, contenant du mobilier céramique très fragmenté. Les ensembles, étudiés par K. Sowada (Macquarie University) et S. Marchand (Ifao), appartiennent à l’Ancien (Ve dynastie) et au Nouvel Empire (XVIIIe dynastie). Les enfants étaient disposés le long des parois du puits, en position allongée sur le dos, sans orientation préférentielle ; les deux adultes, en travers de la structure. Au fond du puits, une chambre funéraire de petites dimensions (2,21 m ouest-est sur 1,34 m nord-sud) était encore partiellement fermée par un mur en briques crues. Elle a livré les restes d’un individu adulte, très fragmentés et très partiels, ainsi que du matériel céramique de l’Ancien Empire (jarres à bière et moules à pain) et du Nouvel Empire (« beakers » à engobe rouge polie) similaire à celui rencontré dans le remplissage. À ce stade de l’étude aucun élément ne permet de dater précisément les inhumations découvertes dans la tombe. Initialement aménagée pendant la Ve dynastie, elle a ensuite été pillée et réutilisée. Les corps situés dans la partie inférieure du puits sont contemporains ou postérieurs à la XVIIIe dynastie, sans qu’on puisse apporter plus de précision.
M1403
Situé à l’ouest de M1377 et au nord de M1055, le mastaba M1403 est aligné sur le mur ouest de ce dernier et orienté suivant un axe identique. Ce petit mastaba de forme rectangulaire en briques crues mesure 9,4 de long sur 5,2 m de large. Il comporte deux puits verticaux de faible profondeur, 2,5 m au sud (Sh1418) et 2,2 m au nord (Sh1460), de plan carré et de dimensions similaires (1,2 à 1, 3 m de côté), donnant chacun accès à une chambre funéraire étroite à l’ouest. La stratigraphie montre que le puits nord a été creusé avant le puits sud, et avant la construction des murs du mastaba. Dans chacun d’entre eux un individu adulte (dont une femme de plus de 50 ans au Nord) reposait dans un cercueil en bois à l’intérieur de la chambre, fermée par un mur en briques. Dans les deux cas les tombes ont été pillées. Le matériel céramique, extrêmement fragmenté, se trouvait dans le remplissage du puits. Il est daté de la Ve dynastie, sans matériel intrusif postérieur indiquant une réutilisation des tombes.
En surface, quatre inhumations individuelles perturbées (trois adultes dans des contenants souples en fibres végétales et un enfant âgé de 1 an dans un panier) étaient installées dans l’angle intérieur formé par les murs sud et ouest du mastaba. Aucun mobilier associé ne permet de dater ces sépultures. Elles peuvent toutefois être sub-contemporaines du mastaba suivant leur emplacement et la stratigraphie observée. Dans la partie nord du mastaba, la sépulture B1459 se différencie des tombes observées dans l’angle sud-ouest par sa morphologie (forme ovale ; prof. 0,7 m) et son orientation nord-sud. Elle contenait le squelette d’une femme âgée de plus de 50 ans déposée en position fléchie sur le côté gauche, tête au nord, avec des traces de linceul. Le décrochage du mur nord à cet endroit permet de l’envisager comme une structure funéraire antérieure à la construction du mastaba.
À l’extérieur de M1403, un petit puits délimité par un muret en briques accolé au mur nord du mastaba, donne accès à une chambre souterraine de très petites dimensions dans laquelle repose un coffre en bois contenant la dépouille d’un nourrisson, tête à l’ouest.
Le mobilier céramique provenant des deux puits de M1403, et plus particulièrement du puits nord, est daté de la Ve dynastie. Il comprend des moules à pain et des jarres à bière, types de récipients les plus fréquents sur cette partie de la nécropole pour l’Ancien Empire, ainsi que des bouchons coniques en terre crue, des vases-supports, de larges jattes à bourrelets, des jarres dites à vin de confection soignée, et surtout une série archéologique de petites jarres d’environ 15 cm de hauteur à fond pointu et de facture grossière.
M1428
À l’ouest de M1055, le mastaba M1428 est réduit en surface à des lambeaux de murs en briques crues délimitant une emprise d’environ 12 m de large (ouest-est) pour 16 m de long (nord-sud). Le mastaba est orienté de la même manière que M1055. La découverte lors de la mission précédente d’un bassin en calcaire, encastré dans une plateforme en briques crues en retrait du mur extérieur est, témoigne de l’existence d’une chapelle. Le mur était recoupé par une sépulture postérieure (B1431, fouillée en 2018). Elle contenait le squelette d’un jeune adulte masculin, inhumé en position fléchie sur le côté gauche, tête au sud et visage vers l’ouest, accompagné d’un vase ovoïde à décor incisé daté de la VIe dynastie.
Contrairement aux autres grands mastabas du secteur, le monument ne comporte pas de puits. L’accès aux appartements funéraires se fait par une descenderie creusée dans le rocher sur 12 m de long suivant un angle de 25°. L’entrée de la tombe était fermée par un mur en briques de 1,3 m d’épaisseur. Un vestibule dessert, à l’est et au sud, deux chambres dont l’accès était condamné par d’épais murs en briques crues. À l’est, les parois de la chambre latérale (1,5 x 2,7 m) sont parementées. Au sud, un couloir de 8,12 m pourvu de deux renfoncements rectangulaires (1,3 x 0,7 m) mène à la chambre principale, de plan presque carré (2,36 x 2,55 m). Les parois du couloir et de la chambre sont habillées de murs en briques soigneusement recouverts d’une couche de mouna (2 à 3 cm d’épaisseur) et d’un enduit calcaire blanc-rosé. Le sol est constitué d’un dallage de briques également couvert de mouna et d’un enduit blanc. Le comblement inférieur du vestibule et des chambres était principalement composé de briques résultant de la démolition des murs lors d’un pillage ancien de la tombe. L’ensemble de l’infrastructure était scellé par un épais niveau de sable éolien.
Le mobilier comprend deux ensembles céramiques distincts, d’une part des récipients de la IVe dynastie (Meidum bowls, jarres à bière, moules à pain, larges jattes à bourrelets, jarres dites à vin de confection soignée) et d’autre part du matériel de la XVIIIe dynastie. Celui-ci se réduit à trois services distincts : des jarres de petite taille de type « beaker » à engobe rouge polie, des jarres de plus grande taille en argile locale et des encensoirs, seuls éléments véritablement représentatifs du répertoire funéraire de l’époque. L’absence totale de céramique à décor peint de couleur bleue d’un modèle courant à la XVIIIe dynastie indique le caractère assez frustre du mobilier funéraire de la tombe ou permet de privilégier la première moitié de la XVIIIe dynastie.
La tombe a été pillée et réutilisée sans qu’on puisse discerner avec précision les différents événements. L’élément le plus important pour dater la première utilisation de la tombe est une grande coupe Meidum entière de la IVe dynastie, découverte retournée sur le sol de la chambre funéraire, cassée en place. Elle contenait les restes de six petits oiseaux, probablement une offrande funéraire (étude archéozoologique réalisée par M. Hartley de la Macquarie University). La tombe B1431 sur le mur est montre une réoccupation de la superstructure durant la VIe dynastie. La quantité de matériel du Nouvel Empire suggère par ailleurs une réutilisation à la XVIIIe dynastie. Un fragment de stèle fausse porte décorée date de la fin du Moyen Empire (étude épigraphique conduite par A. Pillon de l’Ifao). Les observations effectuées par O. Lavige (Ifao) invite à y reconnaître un élément intrusif sans doute apporté dans la tombe à une époque plus récente d’après les traces de burins en acier (ptolémaïques ou post-ptolémaïques) observées sur la stèle.
L’étude anthropologique a permis de déterminer la présence d’au moins huit individus, tous adultes. Quatre d’entre eux bien représentés pourraient correspondre aux restes des défunts initialement déposés dans la tombe, deux dans la chambre sud, deux dans la chambre latérale. Les recollages effectués sur tous les individus dans les différents compartiments de la tombe témoignent une nouvelle fois de l’histoire complexe du monument.
Cette saison clôture l’étude de la zone dite d’Abu Suten. La prochaine mission sera consacrée à une série de sondages ponctuels à l’intérieur et à l’extérieur du temenos d’Hathor pour étudier les limites de la nécropole et son développement chronologique, ainsi que la géoarchéologie du site de Dendara.

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