Direction
Yann Tristant (Senior Lecturer, Macquarie University, Sydney, Australie)
Participation d’Éveha
Archéo-anthropologie
Localisation
Égypte

© Mission Dendara, photo Yann Tristant.
Les fouilles réalisées de mi-novembre à mi-décembre 2016 ont consisté à achever la fouille de certaines tombes ouvertes en 2015 et à étendre le secteur exploré l’année dernière, vers le Nord et vers l’Ouest. Environ 600m² supplémentaires ont été ouverts, ce qui porte à plus de 1000m² la surface étudiée ces deux dernières campagnes. La dizaine de tombes fouillées sont datées de la fin de la Première Période Intermédiaire/Moyen Empire et de la période ptolémaïque.
Les tombes de la fin de la Première Période Intermédiaire/Moyen Empire se répartissent entre trois monuments à puits et un mastaba en brique crue.
Le début de la campagne s’est attaché à achever la fouille des deux derniers puits du monuments 1104 dont la chambre est située à l’Ouest. Si le premier puits (st 1140) était très perturbé avec quelques objets et les restes épars d’un adulte et d’un adolescent, le second (st. 1106) a livré les restes d’une femme de plus de 30 ans portant un collier de plus de 50 perles et accompagnée de trois jarres toujours fermée par leur bouchon en terre crue.
Au nord de ce monument prend place un monument à puits constitué de trois compartiments dont un seul a pu être intégralement fouillé (st. 1155 ; prof. 3 m), l’instabilité du sous-sol empêchant l’ouverture des chambres 1156 et 1147. Si la chambre 1156 est orientée au Nord, les deux autres s’ouvrent au Sud. La chambre du puits 1155 qui est aménagée sous un mastaba miniature (st. 1133), contenait les squelettes de deux adultes déposés en extension dans des coffres en bois et un jeune immature ; les défunts étaient accompagnés d’une cinquantaine de vases dont certains étaient toujours fermés par leur bouchon. Dans le puits vertical 1156, le squelette d’un homme de 46-50 ans a été découvert contre la paroi ouest, sur le côté gauche et en position légèrement fléchie ; il s’agit probablement de la réutilisation de la structure comme l’atteste les fragments de stèle découverts à proximité.
Tout au Nord de la zone explorée se trouve le monument 1186 dont les cinq compartiments sont délimités par des murs en brique crue. Trois des cinq fosses sont peu profondes (1143, 1144 et 1160, tandis que les deux autres correspondent à des puits verticaux d’environ deux mètres de profondeur (1161 et 1187). A noter que Clarence Fisher a fouillé les deux compartiments orientaux (1160 et 1161), aucun vestiges n’est donc en place. Le compartiment central (st. 1144) contenait une femme de 50 ans déposée dans un coffre en bois, en position hypercontractée et la tête au Nord ; cette sépulture était encadrée et surmontée d’un aménagement en brique qui contenait trois vases. Le puits 1187 a livré les restes de six défunts, à savoir un adulte (femme) et cinq immatures de moins de 10 ans. Trois coffres en bois contenant chacun un enfant ont été superposés dans le puits tandis que la chambre orientée au Nord a livré un immature et une femme avec un collier et un sceau-bouton, placés en extension dans un coffre ainsi qu’un jeune immature assis et tourné vers le fond. Les défunts dans la chambre étaient accompagnés d’une dizaine de vases. La sépulture la plus à l’Ouest (st. 1143) renfermait un homme de 30-38 ans déposé en extension, tête au Nord.
L’essentiel de la mission a été dévolu à la fouille d’un grand mastaba (18 x 13 m) mis au jour à l’Ouest du secteur et orienté Sud-Est/Nord-Ouest (st. 1190). Son enceinte en brique crue est épaisse d’environ un mètre et conservée sur 4 à 5 assises. Dans l’espace interne et contre les murs se trouvent trois fosses dont deux contenait un sarcophage en terre crue mais sans squelette ni mobilier ; la dernière sépulture a livré les restes d’un homme de 30-38 ans inhumé en position fléchie sur le côté gauche et dans un cercueil. Au sud de l’enceinte, un puits de forme carrée (2 m x 2 m) a été creusé dans le substrat sur une profondeur de 9 m. Le comblement supérieur est constitué de sable éolien contenant le squelette d’un homme de plus de 30 ans et des tessons de vases ptolémaïques, témoins de la réutilisation tardive de ce puits. Au fond, une chambre funéraire encore partiellement fermée par un mur en brique crue, s’ouvre au Sud. La longue période d’occupation de ce secteur est illustrée par la découverte d’une statue en calcaire représentant un personnage masculin barbu et vêtu d’un pagne orné de hiéroglyphes, assis sur un siège ; à proximité une petite stèle cintrée également en calcaire a été mise au jour. Ces objets semblent dater du Nouvel empire (époque thoutmoside).
Les six tombes de la fin de l’époque ptolémaïque/début de l’époque romaine sont relativement standardisées avec un escalier excavé menant à une chambre souterraine. Ces sépultures occupent les espaces vides entre les tombes antérieures, tout en les perturbant parfois notamment au niveau de la chambre. L’hypogée 1135 est par exemple constituée d’un escalier de 10 marches conduisant à une chambre occupée par deux adultes momifiés (un homme et une femmes d’environ 30-35 ans) placés sur du sable éolien tandis que le fond a livré les restes d’un homme placé dans un sarcophage en terre cuite.
Cette campagne de fouille a donc permis de compléter la documentation acquise de ce secteur jusqu’alors inexploré. Les tombes mises au jour documentent les grandes périodes d’occupation de la nécropole et les principaux types architecturaux. Bien que souvent perturbées ces sépultures donnent une idée du fort potentiel de ce secteur avec la présence de possibles structures intactes. Par ailleurs, le bon état de conservation permettra de réaliser une étude anthropologique aboutie.

© Mission Dendara, photo Yannick Prouin.


© Mission Dendara, photo Yann Tristant.

© Mission Dendara, photo Mary Hartley.





