Direction
Yann Tristant (Senior Lecturer, Macquarie University, Sydney, Australia)
Participation d’Éveha
Archéo-anthropologie
Localisation
Égypte

La mission a poursuivi son travail d’exploration du cimetière de Dendara. Durant les précédentes saisons (2015 et 2016) l’équipe s’était intéressée à la zone protodynastique déjà fouillée par C. Fisher, puis à un secteur encore intact, qui a montré le potentiel archéologique du site avec une grande concentration de tombes bien conservées de la fin de la Première Période Intermédiaire/début du Moyen Empire et de la période ptolémaïque-romaine.
En 2017, les travaux se sont portés sur le secteur dit « d’Abu Suten », partiellement exploré en 2014, afin de tester la validité des observations des précédents fouilleurs (Petrie en 1898 et Fisher en 1916) et vérifier qu’ils ont bien relevé l’intégralité des structures. Les résultats montrent que si les plans de Fisher et ses observations sont correctes, les techniques de fouille qu’il a utilisées ne lui ont pas permis de repérer l’intégralité des structures conservées. Les travaux ont principalement concerné cinq grands mastabas (M1055, M1056, M1057, M1214 et M1268) situés dans la partie sud de la nécropole, considérée comme le secteur le plus ancien de la zone pharaonique, ainsi que des structures funéraires associées. Il est intéressant de noter que, malgré les fouilles successives menées sur la zone, six nouvelles sépultures intactes de l’Ancien Empire ont été découvertes au cours de la saison (B1224, B1271, B1273, B1296, B1308 et B1309).
Mastaba M1055 (Fisher 6:181)
La zone située au sud de la nécropole, à environ 375 m de l’angle sud-est du mur d’enceinte du temple d’Hathor, a été dénommée « Abu Suten » par Petrie, d’aprèsNi-ibw-nswt, le nom du propriétaire du plus grand des mastabas encore conservé dans ce secteur. Le mastaba, en briques crues, mesure 21 m x 12,5 m. Il est orienté sud-sud-ouest/nord-nord-est. La façade orientale, la mieux conservée, est préservée sur une hauteur de presque 1,5 m. Elle est dotée de deux niches. La plus grande, au sud, est celle qui a livré une stèle portant le nom du défunt. La niche est aujourd’hui complètement détruite, seul son plan est encore lisible au sol. Au nord, une niche simple conserve encore des restes de l’enduit blanc qui recouvrait les murs du mustaba. Le tombeau comporte deux puits verticaux de plan carré d’environ 2 m de côté, qui n’ont pas été complètement vidés pendant la mission. Des murs en biais qui recoupent la structure à chacun des angles du puits nord indiquent une réutilisation du monument à une date inconnue : ils pourraient correspondre aux vestiges des structures d’étayage utilisées par les précédents fouilleurs. Ils feront l’objet d’une étude plus précise lors de la prochaine campagne de fouille.
La poterie associée au monument a confirmé qu’il a été construit à la fin de la IIIe/début de la IVe dynastie.
Mastaba M1057 (Fisher 6:081)
À l’est de M1055, le mastaba M1057 a une orientation légèrement décalée par rapport à celle du précédent mastaba, suivant un axe sud-ouest/nord-est. Aussi long que le précédent (21 m), il est moins large (10 m). Ses murs sont conservés par portions sur une hauteur de 0,1 à 1,7 m. Il est large d’environ 2,6 m. La face externe du mur était couverte d’un enduit de mouna recouvert d’une couche d’enduit blanc. Les niches sur le mur oriental ne sont pas conservées, mais on devine encore une partie du plan de la niche sud et l’emplacement d’un bassin à libations juste devant. A l’est, le mastaba est séparé de son voisin M1214 par un mur écran. Le puits nord, de plan carré, mesure 1,9 à 2 m de côté. Il est profond de 7,5 m et donne accès à une chambre funéraire située à l’ouest, de plan subrectangulaire (2 x 2,5 m). Le puits ayant été vidé par Petrie puis par Fisher, il n’a livré que de la céramique hors contexte, datée uniquement de la IVe dynastie. Le puits sud a été remblayé avant la fin de la mission et sera rouvert en 2018 afin d’être correctement étudié.
Mastaba M1056 (Fisher 6:171)
Le Mastaba M1056 est une tombe de taille beaucoup plus modeste, orientée sud-ouest/nord-est comme M1057 (Fig. 4). Il combine un puits au sud et une zone carrée bordée de briques crues au nord, comme un simulacre de puits, situé au-dessus d’une petite chambre funéraire (1,6 x 1m) accessible par un escalier rupestre creusé à l’est du mastaba. Il pourrait s’agir, d’après Fisher, d’une tombe plus ancienne recouverte par le mastaba M1056. La couronne en briques du simulacre de puits a été réutilisée pour aménager une petite sépulture, fouillée en 2014, qui contenait le corps d’une femme adulte, de 30 à 40 ans, déposée dans un panier en position hypercontractée sur le côté gauche, tête au nord. La partie supérieure du squelette était manquante. La présence d’un journal daté de janvier 1916 suggère que la sépulture a été fouillée par Fisher.
La poterie associée aux mastabas M1056 et M1057 est également datée du début de la IVedynastie avec principalement des fragments de jarres à bière et de moules à pain, et une petite quantité de tessons de Meidum bowls.
Mastaba M1214 (Fisher 6:071)
À l’est de M1057, également orienté sud-ouest/nord-est, le mastaba M1214 mesure 10 m de long et 6 m de large. La superstructure en brique crue est construite au-dessus d’un puits de 2 x 2 m, situé dans la partie sud du mastaba, profond de 6 m, conduisant à deux chambres funéraires, l’une au sud, l’autre à l’ouest. Elles ont toutes les deux été fouillées par Fisher en 1916 et n’ont livré que des tessons de poterie résiduels tous datés de la IVe dynastie.
Malgré une fouille minutieuse et un relevé précis de l’architecture du bâtiment, et bien que Fisher note aussi la présence de simples fosses creusées dans le monument, cinq sépultures intactes ont pu être fouillées durant la saison :
– B1224 : sépulture intacte d’un enfant (9 mois-1 an), accroupi, enterré dans un panier, orienté vers l’ouest, dans l’angle sud-ouest de M1214 ; aucun mobilier associé ;
– B1271 : sépulture intacte d’une femme adulte (36-45 ans) enterrée sous le mur nord de M1214, dans un cercueil en bois sur le côté gauche, en position fléchie, tête à l’ouest, face au nord-est, dans un cercueil en bois très mal conservé ; un moule à pain (IVe dynastie) était déposé près du cercueil (Fig. 6) ;
– B1273 : sépulture intacte d’un homme adulte (30-35 ans), enterré dans un compartiment aménagé avec les briques des murs sud et est de M1214. Il reposait à l’intérieur d’un cercueil en bois, très mal conservé, fléchi sur le côté gauche, tête au nord, face à l’est ; aucun mobilier associé ;
– B1308 : sépulture intacte d’un homme adulte (45-49 ans) dans un cercueil en bois, enterré dans une chambre située au fond d’un puits creusé dans le compartiment nord-est de M1214. Il était étendu sur le dos, tête à l’ouest et face au nord-est ; trois jarres à bière ont été trouvées contre le mur à l’est du cercueil (Fig. 7). La sépulture était encore fermée par un mur en briques crues ;
– B1309 : sépulture intacte d’un enfant (2-3 ans) enterré dans un panier sous le mur intérieur nord de M1214. Il était déposé en position fléchie sur le côté droit, tête vers le nord, face à l’est; aucun mobilier associé ;
– B1310, B1311, B1312 et B1318: tombes fouillées par Fisher en 1916; squelettes incomplets et fragments de cercueils en bois encore présents dans les fosses.
Mastabas M1220 (Fisher 6:082) et M1219 (Fisher 6:083)
Au nord de M1214, M1220 est un petit mastaba (6 x 3,5 m) construit au-dessus d’un puits vertical avec une chambre funéraire au sud. Seuls quelques fragments de la superstructure en briques sont conservés.
Le Mastaba M1219 a été construit entre M1214 et M1220, avec une superstructure en briques crues de 2,3 m de long et 1,5 m de large. Un petit bassin de libation a été trouvé dans une petite chapelle délimitée par muret en briques à l’est. Au fond du puits situé au centre du mastaba, un enfant (6-8 ans) était enterré dans un cercueil en bois à l’intérieur d’une minuscule chambre funéraire au nord du puits (B1296). Trois jarres à bière et un Meidum bowl, tous datés de la IVe dynastie, était déposés devant le mur en biques fermant l’accès à la chambre funéraire (Fig. 8 et 9).
Mastaba M1268 (Fisher 6:171)
Le mastaba M1268 est délimité au sol par un mur en briques d’environ 2 m de largeur, conservé en hauteur sur une seule assise, formant un rectangle de 20 m de long pour 10 m de large orienté sud-ouest/nord-est. Sous la superstructure, une rampe donne accès à un complexe de chambres souterraines rupestres. Aucun matériel n’a été recueilli à l’intérieur de la tombe. Le matériel de surface, principalement des tessons de jarres à bière, est aussi daté de la IVe dynastie.
Étude bioarchéologique
La mission a bénéficié de la présence d’un archéologue formé à l’anthropologie de terrain (Y. Prouin, EVEHA) et d’une bioarchéologue (Ronika Power, Macquarie University). À eux deux ils couvrent l’ensemble de l’étude des squelettes depuis la fouille, l’observation de terrain, l’enregistrement et l’étude en laboratoire, avec un intérêt particulier porté à l’enregistrement des traits métriques et non-métriques crâniens et post-crâniens, aux pathologies et traumatismes, et à l’analyse démographique. Au total, 18 individus ont fait l’objet des analyses susmentionnées, comprenant 3 jeunes enfants (1-6 ans); 2 enfants plus âgés (7-8 ans); 5 jeunes adultes (26-35 ans); 6 adultes (30-45 ans), un adulte d’âge mûr (plus de 45 ans) et un adulte d’âge indéterminé. Ces individus sont de sexe féminin pour sept d’entre eux, masculin pour neuf d’entre eux et de sexe indéterminé pour les deux autres. Les pathologies observées concernent des maladies articulaires dégénératives, l’usure extrême des dents, des abcès parodontaux et la perte avancée des dents avant le décès. Les traumatismes comprennent des fractures soudées et non soudées des mains, des pieds, de la colonne vertébrale, du visage, de la tête et de la ceinture pectorale. Une attention particulière a aussi été portée aux marqueurs d’activités tels que les enthésopathies (indiquant un engagement musculaire chronique) et l’usure des dents (indiquant l’utilisation des dents dans des activités domestiques), aux indices de maladies infectieuses (périostite et ostéomyélite) et aux indicateurs de stress (cribra orbitalia, hypoplasie dentaire et l’hyperostose porotique).

(© Mission archéologique de Dendara).

(© Mission archéologique de Dendara).

(© Mission archéologique de Dendara).

(© Photo Mission archéologique de Dendara).

(© Mission archéologique de Dendara).

(© Mission archéologique de Dendara).

(© Photo Mission archéologique de Dendara).

(© Mission archéologique de Dendara).



