Pompei – Porta Nocera – 2017

Participation d’Éveha
Fouille archéologique

Localisation
Italie

La campagne 2017 s’est déroulée entre le 21 août et le 30 septembre. La première semaine a été essentiellement consacrée aux études de matériel (verre, os travaillés, lampes à huile…). Au cours de la seconde, un stage de formation à l’étude des crémations a été réalisé sous la direction d’Henri Duday. Pour l’essentiel, la campagne de fouille s’est déroulée au cours des quatre dernières semaines. Parallèlement, les études du mobilier céramique, de la faune ou des restes carpologiques se sont poursuivies.

Les investigations ont concerné deux zones : en partie ouest, la zone A ; en partie est, la zone B.

En zone A, la fouille de l’enclos repéré dès 2014 s’est poursuivie. Au total, ce sont maintenant 7 tombes qui y sont attestées. 3 nouvelles ont été fouillées cette année. Parmi celles-ci figure la tombe d’Aphae, dont une stèle en marbre indique qu’elle correspond à celle d’une enfant morte à six ans. A cette stèle est associé un contenant funéraire en céramique empli de quelques os brûlés ainsi que d’un petit vase en verre abritant d’autres os. L’étude ostéologique a pu mettre en évidence la présence de deux individus immatures, l’un âgé d’environ six ans ; l’autre – le plus fortement représenté – d’environ 2 ans. Les deux autres tombes correspondent à des adultes. Seule l’un d’elle possède un marquage de surface, assez discret.

L’intérieur de cet enclos est intégralement fouillé. Pour autant, il n’a pas été possible de retrouver de dépôt osseux associé à la tombe SP 307 identifié grâce à un marquage de surface complet : stèle, plaque de scellement et conduit à libations. Cette sépulture est clairement associée à un premier dispositif à libations entaillé par la construction du monument : soit cette tombe correspond à un cénotaphe ; soit l’urne se situe légèrement en dehors de l’enclos. Dans cette seconde hypothèse, l’emprise du lot funéraire a évolué au moment de la construction du monument. Il est en tout cas avéré que cette famille utilisait cet espace funéraire avant la construction de l’enclos. L’étude ostéologique a en effet permis de comprendre l’histoire complexe de la tombe de Poppaea Cypare, identifiée par une stèle inscrite. Les os brûlés de la défunte ont été déposés dans une première fosse sépulcrale avant que le monument ne soit construit. Une fois celui-ci achevé, la tombe a été ré-ouverte, l’essentiel des os brûlés prélevés et déposés dans une urne en verre placée dans une niche occupant le mur du fond de l’enclos, au centre d’un fronton. Une partie du premier dépôt est toutefois restée fond de la fosse sépulcrale originelle, laquelle a été ensuite recouverte d’un dispositif funéraire complet : plaque de scellement, conduit à libations et stèle inscrite.

Dans le secteur de la voie, il a été possible d’observer le substrat volcanique en plusieurs endroits. La zone a servi de carrière avant d’être remblayée et partiellement aplanie de manière à permettre l’installation de la chaussée. C’est en empiétant sur les premières recharges qu’a été construit l’enclos 26a, situé en contrebas de la surface de roulement. Au sommet de plusieurs niveaux de circulation adossés à l’extérieur de l’enclos, des dépôts de restes alimentaires brûlés – fruits ou viandes – ont été observés. Ceci laisse penser que certaines cérémonies commémoratives pouvaient se dérouler en dehors de l’enclos, probablement du fait de l’absence de porte ou d’escalier permettant d’y accéder.

Dans la zone B, la poursuite des travaux a permis de mettre en évidence l’existence d’une première chaussée passant sous les monuments funéraires de la partie nord. La voie actuelle appartient à un remodelage de cette partie du site. Cette reconfiguration, encore mal datée, pourrait coïncider avec la fondation d’un nouveau secteur funéraire en ce lieu.

Plusieurs monuments funéraires ont été concernés par la campagne de fouille. L’enclos 1D, situé au nord, est destiné à accueillir un couple d’affranchis d’après l’inscription qui y est présente. Pour autant, seule une tombe a pu être découverte. Elle est présente au cœur du monument, au sein d’une petite niche accessible depuis un étroit couloir aménagé au revers du mausolée. Il s’agit de la tombe d’une femme. Elle est surmontée d’un riche dépôt de vase à boire, l’ensemble ayant été scellé par un remblai ancien qui pénètre très avant à l’intérieur du couloir d’accès.

Dans l’enclos 1E situé à proximité, la fouille des deux aires de crémation identifiées les années précédentes s’est achevée. Plusieurs tombes ont été fouillées. Leur étude est en cours. En l’état actuel, la plus ancienne semble correspondre à une tombe bûcher recouverte d’une toiture en bâtière dans laquelle il a été possible de constater la présence d’une lampe à huile qui semble dater du milieu du 1er siècle avant n.è. Cette sépulture sera fouillée en 2018. Au total, cet enclos abrite un minimum de 9 tombes.

L’enclos 1 F a été fondé par une affranchie, C. Verania, pour la famille de son patron et les siens. Plusieurs tombes y sont maintenant intégralement fouillées. Dans celle du duumvir, le conduit à libations présentait la particularité d’accueillir les restes osseux d’un enfant âgé d’environ 2 ans. La tombe de la dédicante – identifiée grâce à une stèle inscrite – n’ayant jamais reçu de dépôt osseux, il est probable que ses ossements se trouvent dans la sépulture voisine de Caius Veranius. Parmi les découvertes de cette année, il faut mentionner la tombe d’un tout petit – environ 2 ans – inhumé dans une simple fosse et dont le corps est couvert par un fragment d’amphore. Une structure apparentée repérée l’an passé a été fouillé mais elle ne contient aucun reste osseux : il pourrait s’agir d’une tombe d’attente ? Dans l’enclos 1 F, ce sont désormais 13 tombes qui sont identifiées, mais toute sa surface n’a pas encore été fouillée et toutes ne sont pas dotées d’un système de marquage.

De l’autre côté de la voie, 4 tombes ont été fouillées dans l’emprise de l’enclos 3E. Dans tous les cas, les os brûlés sont déposés dans des urnes en céramique. Au centre de cet enclos, une aire crémation est présente. Sa fouille se poursuivra l’année prochaine.

Au total, ces fouilles illustrent, au-delà de certains traits récurrents, la diversité des pratiques funéraires : contenant en terre cuite, en plomb ou en verre, voire dépôt en fosse pour les restes brûlés ; os préalablement rassemblés dans un sac ou non ; monnaie déposée en surface ou au fond de l’urne, voire mêlée aux ossements ou tout simplement absente ; dépôts complémentaires ; présence ou absence de stèles, de plaques de scellement ou de dispositif à libations…

Par ailleurs, la multiplication des cas étudiés livre des informations très précises sur les gestes qui se pratiquaient autour de trois grandes étapes des rituels funéraires : la crémation, la mise au tombeau et la commémoration des défunts.

Au cours de cette campagne, une équipe de l’Österreichisches Archäologisches Institut de Vienne est venu réaliser une série de prospections géophysiques dont les résultats guideront les travaux à venir.

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