Pompei – Porta Nocera – 2014

Participation d’Éveha
Recherches archéologiques

Localisation
Italie

La campagne de fouilles de cette année était la première du nouveau programme de recherche. Elle visait donc à mesurer le potentiel archéologique du site afin d’élaborer une stratégie adéquate pour les années à venir, mais aussi à évaluer la pertinence de certains outils adoptés pour ce nouveau programme : photogrammétrie pour les relevés, analyses micromorphologiques des sols…

Les résultats ont été quelque peu surprenants, le secteur s’étant révélé bien différent de ce qui avait pu être observé dans les parties fouillées juste à côté quelques années plus tôt. En effet, alors que les niveaux funéraires affleuraient à quelques centimètres sous le sol actuel à l’intérieur des enclos 23 et 25, les secteurs explorés cette année étaient largement recouverts d’importants niveaux de remblais dont l’évacuation comme l’analyse ont considérablement ralenti la fouille (fig. 1).

Il faut enfin signaler que, par endroits, les lapili contemporains de l’éruption de 79 ap. J.-C. étaient encore en place.

Les plus anciennes occupations

En l’état actuel des connaissances, la plus ancienne trace d’occupation est documentée par un grand mausolée de la période républicaine tardive – troisième quart du Ier siècle av. J.-C. – qui occupe la partie ouest du secteur fouillé (Tombe 27OS ; fig. 2). Les niveaux de fréquentation contemporains du monument n’ont pas été clairement identifiés, mais sans doute ont-ils été atteints au fond d’un sondage profond, près de 1,70 m sous la surface du sol actuel.

A l’autre extrémité de la zone explorée, un ensemble funéraire comprenant cinq tombes marquées par des stèles a été observé (fig. 3). Deux de ces tombes avaient déjà été repérées en 2007. Cet « enclos » a simplement été dégagé cette année, et sa datation reste à préciser. Il pourrait remonter aux deux premières décennies de notre ère.

Entre ces deux ensembles, les vestiges d’un mausolée quadrangulaire ont été exhumés (fig. 4). Ce dernier mesurait environ 2,60 x 2 m (une partie se trouve sous une berme et n’a donc pas été fouillée). Une tombe était prise dans sa maçonnerie. Les ossements y étaient contenus à l’intérieur d’une urne en verre. Les niveaux de sols contemporains de ce mausolée n’ont pas encore été atteint. Il est attribué à la période augustéenne, mais cette datation est là-encore provisoire.

Tous ces aménagements sont alignés au sud d’une voie qui prolonge celle qui est toujours visible un peu plus à l’est. L’emprise exacte de la chaussée pour les phases anciennes n’est pas connue. Il est toutefois avéré que cette dernière a été progressivement élargie par des recharges successives. Dans ces périodes anciennes, la voie était aménagée au sommet d’un talus : les vestiges évoqués prenaient place en contrebas.

Entre abandon et restructuration

Par la suite, l’ensemble a suivi des évolutions importantes dont la chronologie de détail reste à préciser. Le monument 27 OS est délaissé et s’effrite petit à petit. Le mausolée 26a est totalement abandonné et tombe en ruine. Quant à la petite aire funéraire orientale, elle est progressivement recouverte et jusqu’à disparaître du paysage. Plus généralement, le secteur situé en contrebas de la voie est progressivement comblé par des dépôts d’origine alluvionnaires. En certains endroits, il est désormais sensiblement à la même altitude que la chaussée, laquelle a été élargie.

C’est au sommet de ces remblais naturels que le monument funéraire de Castricia Prisca, toujours visible en partie est de la zone fouillée, est érigé. Sa construction remonte aux environs de 60 ap. J.-C.

C’est peut-être au cours de cette période qu’une inscription annonçant la tenue d’un combat de gladiateur est peinte sur le monument 27 OS. Le texte est lacunaire, mais il est fait mention de la participation de 25 paires de gladiateurs.

Les dernières phases d’occupation

Dans les dernières phases d’occupation, l’accumulation de dépôts se poursuit. De part et d’autre du mausolée, des niveaux incluant divers matériaux – mortier, pierres, enduit, céramique… – sont épandus. Dans le bâtiment lui-même, une couche elle aussi très riche en matériel s’accumule. Plusieurs fragments d’une coupe en sigillée marbrée des ateliers de La Graufesenque y ont été retrouvés (fig. 5). Surtout, la ruine du mausolée se poursuit et touche également la tombe : celle-ci est en partie éventrée, et les ossements se déversent à l’intérieur comme à l’extérieur du petit monument funéraire (fig. 6).

Dans cette phase, l’accumulation des dépôts d’origine colluvionnaire se poursuit. Le sol s’exhausse fortement, jusqu’à occulter totalement la présence du mausolée 26a qui n’est plus visible. L’analyse de ces dépôts successifs incite à y reconnaître le fruit d’un phénomène naturel : les dépôts ont pu être apportés lors de grosses pluies et s’accumuler en ce secteur. Dans le dernier état, il semble que la chaussée était désormais située en contrebas, il faut donc concevoir qu’un aménagement permettait de contenir les remblais au-dessus de la chaussée, ou alors que cette dernière était régulièrement curée. Au sommet de cette couche de colluvions, juste sous le niveau de lapili, plusieurs empreintes de racines sont apparus. L’un d’elle, plus importante, a été moulée : elle correspond à un arbuste de dimension moyenne. Le secteur était donc largement végétalisé au moment de l’éruption de 79 ap. J.-C.

La photogrammétrie

Les relevés photogrammétriques ont été utilisés à deux échelles différentes : d’une part, de manière à contextualiser le secteur dans son environnement général (fig. 7). D’autre part pour documenter les les structures les plus remarquables comme les différentes phases de fouilles. Une couverture photogrammétrique générale a ainsi été réalisée à chaque fois qu’un nouvel état semblait atteint (fig. 8 et 9). Un tel travail génère une importante masse documentaire (plusieurs milliers de photographies) et le temps de traitement des données reste assez long. Il ne s’agit pas moins d’un outil précieux permettant tout à la fois de mieux documenter l’état des structures détruites par la fouille et de générer autant de coupes que jugé nécessaire pour reconstituer l’évolution du site à une échelle globale ou en rapport avec une structure particulière.

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