Direction
Axelle Rougeulle (CNRS, UMR8167 – Orient et Méditerranée)
Participation d’Éveha
Fouille archéologique
Localisation
Sultanat d’Oman

La septième campagne du Qalhât Project s’est déroulée au cours des mois de novembre et décembre 2014. Quatre personnes assistées d’une équipe d’une douzaine d’ouvriers ont participé au projet. La prospection pédestre engagée l’année précédente s’est poursuivie. Un nouveau bâtiment – B 39 – a fait l’objet d’une fouille de grande ampleur.
Le projet cartographique (ill. 1)
Lors des années précédentes, un plan général de la ville a été réalisé à l’aide d’un GPS différentiel et en utilisant les résultats d’une couverture photographique aérienne. Afin d’affiner ce document, une campagne de prospection pédestre méthodique des vestiges a été amorcée en 2013. Ce travail s’est poursuivi au cours de l’automne 2014. Il porte essentiellement sur la partie centrale de la ville, distribuée autour de la plage, qui est considérée comme correspondant au cœur de la cité et à la « vieille ville ». Dans ce secteur, les vestiges sont particulièrement denses et enchevêtrés. Ce travail a permis de préciser l’organisation de l’ensemble et de mettre en évidence la présence de grands bâtiments.
Le bâtiment B 39
Dans la partie centrale de la ville, à proximité des fours de potiers repérés dès 2008, un grand bâtiment apparaissait clairement sur les photos aériennes. Il a été décidé de le fouiller afin d’en préciser la fonction et la datation. Le choix de ce bâtiment s’inscrit également dans une vision à long terme de création d’un parc archéologique sur le site de Qalhât. L’objectif vise alors à constituer plusieurs pôles d’attractions au sein d’un parcours de visite, l’un d’eux se situant autour de ces fours de potiers.
La campagne de 2014 a permis de révéler l’existence d’un bâtiment au plan relativement complexe et surtout assez irrégulier : cet ensemble résulte manifestement de l’agrégation progressive de différents corps de bâtiment (ill. 2). Les murs présentent par ailleurs de nombreuses traces de reprises et de réfections dont la chronologie relative reste à établir. Par ailleurs, l’étude du matériel est restée assez sommaire et la datation absolue n’est donc pas encore bien établie.
Par endroits, les murs appartenant aux phases les plus anciennes sont venus directement s’appuyer sur le substrat rocheux, lequel présente un aspect très irrégulier en surface. De ce fait, plusieurs niveaux de remblais contenant un mélange de galets et de tessons de céramique ont été apportés de manière à niveler le terrain. La céramique que l’on y trouve invite à dater ces transformations du 14e siècle, mais un état antérieur a pu exister. Il est difficile de comprendre l’évolution générale du bâtiment avant que ne puisse avoir lieu une étude exhaustive et attentive de chaque mur. Seule la dernière phase est assez bien comprise (ill. 3).
Le bâtiment était accessible par au moins deux portes (une baie, située en partie nord, pourrait correspondre soit à un accès, soit à une fenêtre). La principale se trouvait à l’est où se situe un avant-corps plus étroit que le reste du bâtiment et légèrement désaxé. La porte desservait un couloir (?) longeant le mur d’une plate-forme à laquelle on accédait par un escalier (cet ensemble – D1 – a été aménagé au-dessus d’un sol en béton associé à des murs appartenant à un état antérieur). En pendant, la partie sud de cet avant-corps était occupée par une pièce au sol de terre battue sur lequel plusieurs foyers étaient visibles (E). Une grande céramique fichée dans ce sol occupe l’angle sud-ouest de la pièce (ill. 4 : détail de la céramique).
Depuis cet avant-corps, on accédait à l’espace intermédiaire (B) du bâtiment, divisé en deux pièces. Ce secteur était également accessible par un passage étroit ouvert sur le flanc sud, passage auquel un petit escalier est associé. A l’origine, un petit bassin occupait la partie sud de la pièce (ill. 5 : le bassin). Il a été abandonné par la suite, lorsque fut érigé un mur de partition isolant une petite pièce située au sud qui mesure environ 5m2 (B1). A l’intérieur de cette pièce, deux sols de mortier successifs, plus ou moins bien conservés, ont été observés. Aucun aménagement spécifique n’a été identifié sur le sol en terre battue de la grande pièce B2.
A l’origine, une autre pièce existait à l’extérieur, à la jonction de l’avant-corps et du reste du bâtiment (F). Elle occupait l’angle sud-est du bâtiment. En partie fouillée, elle a été fortement remblayée avant d’être en partie réoccupée dans les dernières phases d’utilisation du bâtiment. Il est toutefois difficile de savoir si à cette époque il s’agissait encore d’une pièce couverte ou si ses murs avaient été largement arasés.
La partie la plus occidentale du bâtiment est uniquement accessible par une porte, plusieurs fois remaniée, ouverte entre les secteurs A et B. A l’origine, cette aile était partitionnée par un mur de refend (St 29) qui divisait l’espace en deux pièces de dimensions sensiblement égales (A 3 et le secteur correspondant à l’emprise des pièces A1 et A2). Dans cet état, la pièce méridionale (A1/A2) était revêtue d’un sol en mortier reposant sur un remblai de graviers et de tessons. Un aménagement à la fonction non déterminée est associée à ce sol : il pourrait s’agir d’un parapet (?) incurvé, très fortement endommagé lors des transformations postérieures (ill. 6 : détail de la pièce avec le sol et l’aménagement). La pièce nord (A3) était bordée de banquettes enduites sur au moins trois de ses côtés et pourvue d’un sol en terre battue.
Par la suite, le mur de partition d’origine a été abandonné, et un nouveau mur de refend aménagé plus au sud (St 4), sa construction entrainant la destruction partielle du sol antérieur. A l’intérieur de la petite pièce ainsi isolée, deux sols différents ont été observés, le premier aménagé sur un remblai. A ce sol sont associées deux structures : un mortier posé sur un soubassement de pierre et un gros fragment de sol probablement utilisé comme surface de travail. Ces aménagements étaient encore en usage dans les dernières phases d’utilisation de la pièce. Dans l’un des sols, une pierre était recouverte d’un matériau violet qui paraît avoir été broyé dessus (l’ensemble a été prélevé pour analyse).
Plus au nord, le niveau a été rehaussé à l’aide d’un remblai qui recouvrait en partie l’ancien mur de partition. Au-dessus, le niveau dégagé juste sous les effondrements s’est révélé très riche en matériel. Parmi les éléments remarquables figurent une partie d’un moule en pierre pour petits objets en métal (ill. 7), deux poids de balances en alliage cuivreux (ill. 8), des pierres semi-précieuses brutes ou en partie travaillées, de nombreux coquillages dont un façonné ainsi qu’une petite huître perlière trouée. Il faut également mentionner la présence de mortiers et pilons ainsi que de pigments (?) contenus dans un petit coquillage (ill. 9) ou dans un tesson de céramique. Ce matériel est manifestement associé à une activité artisanale.
L’ensemble du bâtiment était recouvert d’épais niveaux d’effondrement contenant de très nombreux blocs de corail et, dans des proportions moindres, des galets ou des blocs calcaire. Dans la pièce A1, plusieurs fragments d’une structure maçonnée et enduite ont été ramassés, dont l’étude n’est pas encore réalisée. Enfin, en plusieurs endroits ont été retrouvés des fragments de mortier dans lesquels étaient visibles des empreintes de poutres, de blocs ou bien encore de nattes en palmier (ill. 10 : empreinte de nattes). Ils permettent de restituer des toitures constituées de poutres rapprochées entre lesquelles de pierres étaient coincées, l’ensemble étant noyé dans du mortier et recouvert de nattes. Ces découvertes permette d’assurer que toutes les pièces étaient couvertes, à l’exception peut-être de la plate-forme située dans l’angle nord-est et du « couloir » qui la longeait.
Enfin, certains murs comme les vestiges de toiture ont manifestement brûlé par endroits.
En définitive, si la fonction de toute les pièces ne peut pas être appréciée dans le détail, il est manifeste qu’une partie du bâtiment, au moins, était dévolue à des activités artisanales. Des pigments (?) étaient manifestement broyés sur place et on y fabriquait des petits objets associant métal, coquillages et pierres semi-précieuses (des bijoux ?). Le plan, qui semble se caractériser par l’absence de cour à ciel ouvert, ne paraît pas correspondre à celui d’une unité d’habitation.
Ce bâtiment semble avoir été incendié, peut-être lors de la prise de la ville par les portugais.






(© Qalhât Development Project/Ministry of Heritage and Culture).


Campagnes
- Qalhât Project – 2017
- Qalhât Development Project – 2016
- Qalhât Development Project – 2015
- Qalhât Project – 2016
- Qalhât Project – Novembre 2015
- Qalhât Project – février 2015
- Qalhât Project – 2014
- Qalhât Development Project – 2013-2014
- Qalhât Development Project – 2013
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- Qalhât Project – 2009
- Qalhât Project – 2008














