Qalhât Project – 2009

Participation d’Éveha
Recherches archéologiques

Localisation
Sultanat d’Oman

La seconde campagne du Qalhât Project a eu lieu du 1/11 au 16/12/2009. Ce projet est financé conjointement par le Ministère du Patrimoine et de la Culture du Sultanat d’Oman, par le Ministère des Affaires Etrangères et par le CNRS, et mené sous la direction d’Axelle Rougeulle (CNRS-UMR8167). L’équipe était constituée de 8 personnes, dont un membre d’Eveha dont la participation a été financée par la société dans le cadre d’un projet de collaboration de recherche avec le CNRS.

A l’occasion de cette seconde participation d’un membre d’Éveha au Projet Qalhât, différentes parties de la ville ont été explorées.

Les maisons du quartier Nord-Est

Dans le secteur Nord-Est, l’étude de surface et, surtout, les photos aériennes, permettent d’individualiser différents grands bâtiments de part et d’autre d’une longue rue. Plusieurs sondages ont été ouverts au sein de ceux-ci. L’objectif était d’évaluer l’importance des vestiges conservés, mais il s’agissait aussi de déterminer la fonction et la datation de ces bâtiments. La question de leur relation avec le cheminement voisin était également au cœur du projet.

La masse de pierres éboulées a considérablement restreint les possibilités d’investigations. Il semble toutefois que les deux bâtiments explorés correspondent, pour partie au moins, à des habitats (une salle de réception ayant été reconnue dans l’un d’eux). Deux grandes phases de construction ont été individualisées dans l’un de ces ensembles. Un premier édifice a été construit sur le substrat, qui affleurait alors en surface dans tout le secteur, et le niveau de la rue a ensuite monté de près de 1,5 m pendant la première phase d’occupation. Le bâtiment originel a ensuite été détruit ou arasé, et l’intérieur comblé sur près de 2 m par des effondrements. Un second bâtiment a été construit sur ce niveau d’arasement, en suivant probablement un plan similaire. L’analyse préliminaire du matériel indique que la phase I n’est pas antérieure à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle.

Une maison au cœur de la cité

Dans l’emprise supposée de la « vieille ville », une autre maison a été explorée. Trois phases d’occupation ont pu être individualisées dans les deux sondages ouverts. Là encore, aucun niveau ancien n’a été reconnu, la phase la plus ancienne, qui surmonte directement le substrat, étant datée du XIVe siècle.

La Grande Mosquée

Une grande partie de la campagne a été consacrée à l’étude de la mosquée découverte lors de la campagne précédente. La surface considérable du bâtiment – estimée à près de 600 m2 au commencement de la fouille – mais surtout la qualité et la fragilité des vestiges observés l’an passé a incité à ne pas entreprendre un dégagement exhaustif. Quelques explorations ciblées ont alors été menées.

Elles ont tout d’abord consisté au dégagement des angles du bâtiment. Il est maintenant possible de restituer un édifice mesurant environ 27 m de large pour 25,5 m de long hors œuvre. Différentes annexes monumentales sont associées à l’angle nord-est du bâtiment (notamment les parties basses d’un minaret). À l’angle nord-ouest sont attachées un certain nombre de salles secondaires dont la fonction reste à préciser.

La base d’un pilier interne avait été reconnue dès l’année précédente. Un second élément de même plan a été dégagé lors de cette nouvelle campagne. Il autorise à restituer un bâtiment comportant cinq nefs quand les sources portugaises en évoquent sept. Ces piliers sont implantés sur un mur de chaînage.

Enfin, une grande tranchée courant du mur de façade (est) au mur qibla (ouest) a été ouverte dans la nef centrale. Elle visait principalement à repérer des vestiges appartenant à une ou plusieurs éventuelle(s) mosquée(s) antérieure(s).

Dans cette tranchée ont été retrouvées des structures indiquant que la mosquée était établie sur un soubassement à l’articulation complexe. Cinq murs de chaînages orientés nord-sud ont été retrouvés, qui servaient notamment de fondations aux supports internes de la mosquée. Ils permettent d’assurer que celle-ci comportait six travées. A ces murs de chaînage sont associés un certain nombre de murs de refend. Si dans la partie occidentale les deux dernières travées du soubassement étaient intégralement comblées avec un sédiment terreux homogène, des salles basses semblent avoir occupé les quatre travées les plus orientales. Leur fonction n’est pas assurée.

À partir des différents fragments de maçonneries et des parties décorées, il est possible d’esquisser une restitution de l’élévation du monument. Celui-ci était richement orné, aussi bien sur les supports que sur les arcs et maçonneries qui surplombaient ces derniers que pour le mur qibla. Le mihrab présentait une décoration originale, associant stuc et carreaux de céramique de remploi mais aussi inscriptions monumentales et éléments de décor architectural dans la phase la plus récente. Deux états de mihrab ont en effet pu être mis en évidence, de même que le minbar et son décor présentent eux aussi des marques de réfection/modification.

Lors de la campagne précédente, deux mosquées successives avaient été individualisées. L’idée était alors que le décor de carreaux glaçurés observé à la base du mur qibla appartenait à un monument plus ancien, dont la face extérieure, conservée sur plus de 1,5 m de hauteur, était visible dans le sondage stratigraphique réalisé à l’aplomb du mur de la seconde mosquée. L’hypothèse s’est révélée infondée, même si deux bâtiments ont bien existé. La seconde mosquée présentait le même plan que la première, qui fut partiellement reconstruite ou peut-être simplement restaurée lors de cette seconde phase.

L’analyse du matériel permet de dater la construction de la première mosquée du début du XIVe siècle et il s’agit probablement du sanctuaire édifié vers 1300 par Bibi Maryam, femme du gouverneur de Qalhât de l’époque. Construite semble-t-il au début du XVe siècle, la mosquée du second état fut détruite par les Portugais en 1508.

Campagnes