Qalhât Project – 2010

Participation d’Éveha
Recherches archéologiques
Topographie SIG

Localisation
Sultanat d’Oman

La troisième campagne du Qalhât Project a eu lieu du 30/10 au 17/12/2010. Ce projet est financé conjointement par le Ministère du Patrimoine et de la Culture du Sultanat d’Oman, par le Ministère des Affaires étrangères et par le CNRS, et mené sous la direction d’Axelle Rougeulle (CNRS-UMR8167). L’équipe était constituée de 9 personnes, dont un membre d’Eveha.

La campagne de 2010 avait plusieurs objectifs.

La grande mosquée

Tout d’abord, les fouilles du complexe de la grande mosquée se sont poursuivies.

Il s’est notamment agi d’essayer de mieux délimiter l’emprise exacte de l’ensemble monumental au sein duquel s’inscrit l’édifice cultuel. Il est ainsi apparu que la mosquée est flanquée d’au moins deux cours : l’une est située à l’ouest ; l’autre, plus petite, est au nord, et elle est implantée en contrebas de la première. Les liens qui les unissent, les systèmes d’accès qui les reliaient, demeurent mal connus.

Dans la cour ouest, l’un des accès au complexe a été identifié dans l’angle nord-ouest. Il longe un grand édifice qui sera évoqué plus bas (B13) ainsi qu’un bâtiment secondaire partiellement dégagé (B95). Ce dernier est assez allongé et, à l’intérieur, sa paroi nord est rythmée par des pilastres plats. Des rainures sont présentes au sein de ces derniers : l’ensemble paraît correspondre à des étagères.

Les fouilles ont également concerné l’aile nord de la salle de prière, où plusieurs aménagements remarquables avaient déjà été repérés. Au nord-ouest se trouve un petit escalier associé à une pièce communiquant directement avec la salle de prière par l’intermédiaire d’une baie étroite. Cet escalier descend jusqu’à la partie basse du complexe. Le long de cette aile, deux portes monumentales ont pu être dégagées, qui donnaient à l’origine accès au soubassement de la grande mosquée. Associés à l’une d’entre elles se trouvaient du bois décomposé ainsi que de grands éléments métalliques. Bien qu’observé de manière ponctuelle, ce secteur révèle par ailleurs l’existence d’un certain nombre de reprises qui confirment que la mosquée a connu plusieurs états architecturaux. De très nombreux éléments d’architecture, certains de très grandes dimensions, ont été retrouvés dans les niveaux d’effondrements. Parmi les décors remarquables, il faut mentionner la découverte d’un fragment de carreau de kashan polychrome à décor d’oiseau. Aucun accès à la salle de prière n’a été identifié dans ce secteur, mais le passage s’opérait probablement depuis la partie haute de cette aile nord, dont la morphologie de détail reste à préciser.

Le palais du gouverneur ?

Au nord de la mosquée sont visibles les vestiges d’un grand bâtiment, dominé par un imposant cône d’effondrement dans son angle sud-est. Il s’agit du bâtiment B13 qui aurait pu correspondre au palais du gouverneur eu égard à sa position privilégié comme au caractère monumental des vestiges qui peuvent lui être rattachés. Plusieurs sondages ont été implantés au sein de ce monument. Malheureusement, leur caractère ponctuel n’a pas permis de se faire une image bien précise du bâtiment. Plusieurs espaces se dessinent, notamment une grande cour située à l’ouest. Ces explorations ponctuelles permettent toutefois de démontrer que le plan de l’ensemble est loin d’être parfaitement régulier. L’existence d’une porte débouchant directement dans la cour haute de la mosquée est à relever. Surtout, ces explorations ponctuelles ont partout permis de mettre en évidence l’existence de plusieurs phases architecturales. La chronologie de l’ensemble n’est pas encore fermement établie, mais le bâtiment originel semble bien contemporain de la grande mosquée. La présence d’un accès privilégié en direction de ce dernier paraît confirmer le statut particulier du monument, et son identification au palais du gouverneur reste plausible.

Les murailles

Les fouilles ont également porté sur un tronçon des murailles de la ville. Dans son aspect actuel, Qalhât est enchâssé dans une muraille qui se développe selon un tracé triangulaire. Toutefois, dans la partie nord-ouest, un mur intermédiaire coupe cet ensemble en deux parties distinctes (B6), l’une d’elles étant beaucoup plus petite et beaucoup moins densément lotie. C’est dans cette dernière que se trouve le mausolée de Bibi Maryam. Sur un dessin accompagnant un manuscrit d’Ibn al-Mujawir, les murailles de la ville sont représentées dans un état qui date des environs de 1230 : elles dessinent alors un circuit trapézoïdal, correspondant plus ou moins au tracé de l’enceinte actuelle, extension nord-ouest mise à part. Ibn al-Mujawir précise par ailleurs que ces fortifications ont été érigées entre 1217 et 1218.

L’un des objectifs de cette étude était donc de vérifier si le mur intermédiaire appartenait à la première construction comme ce document laisse à le penser : dans cette hypothèse, le tronçon le plus occidental aurait été ajouté dans un second temps.

Les murailles étant désormais largement effondrées, leur relation était difficile à préciser. Il a donc fallu ôter les niveaux effondrés, mais deux sondages ont également été réalisés. Le bedrock a été atteint à environ 1m sous la surface actuelle, et la stratigraphie est assez simple. Ces sondages ont permis de démontrer que le mur intermédiaire a été construit dans un second temps. Le matériel céramique semble confirmer que le premier jeu de fortification (B7) a bien été réalisé au début du XIIIe siècle, mais la datation de l’extension est plus difficile à préciser. A cet ensemble, il faut associer un chemin de ronde observé au sommet du mur B 7 mais aussi une tour qui semble fonctionner avec le mur B6 : cette dernière présente la particularité d’être tournée vers l’intérieur de la ville, particularité que l’on retrouve pour les autres tours associées à ce mur intermédiaire.

Les citernes

Lors de cette campagne, un autre volet du projet concernait l’étude des citernes de la ville.

L’une est encore visible au nord-ouest de la ville, près du mausolée de Bibi Maryam. Elle est partiellement couverte d’une voûte en berceau brisé et mesure environ 13,5 x 4 m. Il a été possible de constater que la citerne a été creusée dans le bedrock, ici un poudingue extrêmement compact, et que les parois ont ensuite été habillées de maçonneries assisées.

Un sondage a été ouvert dans l’angle nord-est afin d’essayer de trouver le fond de la citerne, mais aussi de vérifier si l’ensemble avait été vidé jusqu’au sol d’origine à l’occasion des différents travaux de restauration qui ont concerné cet édifice. Il a été possible de mettre en évidence l’existence de niveaux en place, qui contiennent du matériel du 15e siècle, et il est donc évident que l’ensemble n’a pas été intégralement curé.

Pour des raisons de sécurité, ce sondage a été interrompu à environ 1m30 en dessous du sol actuel sans que le fond ne soit atteint. Il est dès lors possible d’affirmer que la capacité de l’ensemble était d’au moins 285 m3.

L’autre citerne étudiée se situe dans la partie sud de la ville. Elle est implantée hors les murs, au sein d’un wadi qui permettait de l’alimenter. Trois murs sont encore conservés en élévation sur les côtés nord, est et sud. Ces derniers sont conservés sur près de 1m70 de haut, mais aucun mur n’est plus visible à l’ouest. Il a donc été décidé d’ouvrir plusieurs sondages afin de repérer l’ancien fond de la citerne mais aussi de vérifier l’existence d’un mur dans ce secteur.

Le fond est situé à environ 2m80 au-dessous du sol actuel, la citerne étant désormais emplie d’un imposant dépôt d’origine naturelle. Le mur ouest a été repéré. Il faut restituer un bassin quadrangulaire d’environ 13m50 x 15m50 dont la capacité peut être estimée à environ 750m3. Cette citerne non couverte était toutefois protégée par un parapet surélevé sur au moins trois de ses côtés, probablement de manière à la protéger de la chute d’éléments divers.

La cartographie du site

Enfin, le projet cartographique a été poursuivi au cours de cette campagne. Le plan de la ville a été complété, et des opérations ponctuelles ont également porté sur les abords de la ville, ceci a notamment permis de reconnaître au moins deux postes de guet, l’un agrémenté d’une citerne, l’autre associé à une salle de prière.

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