Qalhât Project – 2008

Participation d’Éveha
Recherches archéologiques
Topographie SIG

Localisation
Sultanat d’Oman

La première campagne du Qalhât Project a eu lieu du 1/11 au 15/12/2008. Ce projet est financé conjointement par le Ministère du Patrimoine et de la Culture du Sultanat d’Oman, par le Ministère des Affaires étrangères et européennes et par le CNRS, et mené sous la direction d’Axelle Rougeulle (CNRS-UMR8167). L’équipe était constituée de 7 personnes, dont deux membres d’Éveha. La mission archéologique de cette première année avait plusieurs objectifs : mieux comprendre l’organisation de la ville et en réaliser un plan géo-référencé ; préciser la chronologie de sa fondation et lancer un programme d’étude de la céramique de manière à préciser le réseau commercial dans lequel s’insérait la ville.

Les fouilles ont permis de dégager, en périphérie de la ville et près d’une petite mosquée, un vaste bâtiment qui s’est révélé être bien conservé une fois les niveaux d’effondrement évacués. Certaines pièces ont été sondées et un petit bassin a été découvert dans l’une d’elles.
L’étude du matériel indique que ce bâtiment a dû être construit au début du XIVe siècle. Il fut rapidement abandonné, peut-être à la suite d’un tremblement de terre. Cette grande construction a été partiellement réoccupée au cours du XVe siècle.

Dans une autre partie de la ville, un four de potier a été repéré puis fouillé. Les nombreux ratés de cuissons apportent d’importants renseignements sur la production locale. L’étude préliminaire semble indiquer une production tardive, probablement du XVe siècle. Un four antérieur semble situé à proximité. Il devrait être fouillé lors des prochaines campagnes.

L’opération concernait aussi l’étude des remparts. Dans la partie méridionale, le dégagement d’un ouvrage défensif a été poursuivi et il a été possible de mettre en évidence l’existence d’un rempart côtier. Au nord, c’est une ancienne porte qui a été dégagée. Deux états différents ont pu être démontrés, le plus ancien n’étant pas antérieur au XIIIe siècle.

Dans le cœur de ce qui paraît correspondre à la vieille ville, un sondage stratigraphique a été ouvert. Le substrat a été atteint à environ 6 m de la partie haute du sondage. Les niveaux les plus anciens ne sont pas antérieurs au XIIe siècle.

Selon les résultats de ce sondage, après une importante phase d’occupation au XIIIe siècle, un grand bâtiment est construit aux alentours de 1300. Un de ses murs a été dégagé : entièrement enduit, il est conservé sur 1,50 m de haut et possède une largeur d’ environ 1,20 m. Un second mur est venu s’appuyer dessus par la suite, alors que d’importants remblais étaient apportés contre le mur antérieur. L’étude du matériel présent dans les remblais sous-jacents invite à situer au XVe siècle cette seconde phase édilitaire. L’ensemble était couvert par des niveaux d’effondrements provenant de ce monument.

Des sondages effectués à l’intérieur ont permis d’identifier la nature du bâtiment : il s’agissait d’une mosquée, comme l’atteste la découverte de l’escalier du minbar et celle du mihrab. L’édifice était divisé en plusieurs vaisseaux et travées par l’intermédiaire de colonnes ou de piliers appareillés, dont certains ont pu être reconnus. Il était revêtu d’un riche décor (stuc, carreaux vernissés, céramiques…) dans lequel sont utilisés de nombreux remplois. Ces derniers proviennent probablement du bâtiment antérieur. En effet, la partie haute du premier mur a pu être partiellement observé sur sa face intérieure, et il est encore revêtu d’un décor de carreaux vernissés. Ce décor appartient très probablement au mur qibla : le premier édifice était également une mosquée.

Ces deux bâtiments correspondent probablement à deux états successifs de la grande mosquée de Qalhât. La première serait celle décrite par le géographe arabe Ibn Battuta, qui fit une halte à Qalhât vers 1330 (dans sa relation, Ibn Battuta souligne la magnificence de la grande mosquée). La seconde serait celle qui fut détruite par les Portugais au tout début du XVIe siècle, connue par une description quasi-contemporaine.

L’étude de la céramique a permis de préciser la datation des différents bâtiments dégagés. Elle a aussi mis en évidence les liens privilégiés unissant Qalhât à l’Inde, une très large proportion de la céramique en provenant. Le matériel d’origine extrême-orientale semble apparaître tardivement, et aucun fragment de céramique africaine n’a été identifié jusqu’à présent. La découverte d’un four de potier éclaire d’un jour nouveau la connaissance de la céramique de cette partie du monde pour la fin du Moyen Âge.

Campagnes