Qalhât Project – 2013

Participation d’Éveha
Recherches archéologiques

Localisation
Sultanat d’Oman

La première campagne du second quadriennal du Qalhât Project a eu lieu du 14/11 au 14/12/2012. Ce second quadriennal est mené parallèlement au Qalhât Development Project et a pour objectif de poursuivre les recherches sur la ville en dehors des secteurs déjà étudiés lors du premier quadriennal et fouillés extensivement par le QDP. Il est toujours financé conjointement par le Ministère du Patrimoine et de la Culture du Sultanat d’Oman, par le Ministère des Affaires étrangères et européennes et par le CNRS, et mené sous la direction d’Axelle Rougeulle (CNRS-UMR8167). et Cette première campagne a eu lieu au cours de la saison 2013b du QDP et l’équipe était constituée de 3 personnes, dont un membre d’Éveha International.

Cette campagne avait deux objectifs prioritaires : l’un était d’affiner le plan général de la ville, l’autre visait à identifier l’un des souks de la ville.

Le projet cartographique

Pour atteindre le premier objectif, une large partie du quartier identifié comme la vieille ville a fait l’objet d’une prospection pédestre très complète. Dans ce secteur, les vestiges sont particulièrement denses et enchevêtrés. Ce travail a permis de préciser l’organisation de l’ensemble et de mettre en évidence la présence majoritaire de grandes unités d’habitation groupées, là où les premières observations faisaient plutôt pencher pour un grand nombre de petits bâtiments.

Fouille d’un souk ?

Le souk est un élément essentiel dans l’organisation d’une ville islamique. Aussi, l’identification de l’un de ces cœurs économiques de la ville était-elle l’une des priorités du projet de recherche consacré à Qalhât.

Les observations de terrain réalisées dès avant avaient permis de relever la présence d’une légère cuvette située à une centaine de mètres au nord de la mosquée. Au centre de celle-ci certains chemins sinueux semblent serpenter. Dans ce secteur, les tas d’effondrements sont nombreux et peu élevés : ils semblent correspondre à de petits bâtiments peu élevés. Enfin, l’ensemble est localisé à proximité de la plage, où arrivaient de nombreuses marchandises. Tous ces éléments nous avaient incité à envisager le fait que cet espace pouvait correspondre à l’un des souks de l’ancienne Qalhât. Aussi, pour vérifier le bien-fondé de l’hypothèse, quatre sondages ont-ils été implantés.

Dans ce secteur, la plus ancienne trace d’occupation consiste en une fosse dont le comblement est daté de la première moitié du XIIIe siècle. Sa fonction comme la configuration de l’espace dans lequel cet aménagement prenait place à cette date demeurent inconnus. Cet élément à lui seul ne permet aucunement de caractériser la fonction de ce secteur de la ville à cette époque.

Les sondages ont confirmé la présence d’une rue au centre de ce secteur, qui semble occuper la partie basse de la cuvette et repose en partie sur le substrat. Elle est large d’environ 1m80 pour le tronçon dégagé. Au cours d’une période comprise entre la seconde moitié du XIIIe siècle et la première moitié du XIVe siècle, un bâtiment est construit au nord de cette voie (B141). Il était constitué d’au moins une pièce, partiellement dégagée au côté ouest. À l’est, elle était précédée de ce qui semble avoir constitué une cour à ciel ouvert. Deux sols d’occupation fonctionnant avec ce bâtiment ont été identifiés : ils indiquent que cet ensemble est resté en fonction jusqu’au XVIe siècle, c’est-à-dire probablement plus ou moins jusqu’à l’abandon de la ville. Sous les niveaux d’effondrement et placé dans les anfractuosités du mur nord a été trouvé un petit « trésor » monétaire à l’origine placé dans une bourse en tissu dont quelques éléments étaient encore visibles.

Au sud de la voie, l’histoire édilitaire est plus complexe. Tout d’abord, dans ce secteur, le substrat est interrompu par une profonde dépression largement remblayée au sommet de laquelle a été montée une maçonnerie grossière. Celle-ci est en partie constituée d’énormes galets qui paraissent avoir bordé la voie dans la configuration d’origine. À l’ouest, ce muret monument vient buter contre un mur maçonné et en partie enduit, qui est légèrement incurvé. Ce mur présente la particularité de passer en plein milieu de la voie, ce qui pose quelques problèmes d’interprétation. La fouille étant restée très ponctuelle, seules des hypothèses peuvent être formulées. Soit l’ensemble servait à maintenir un niveau de remblai et aurait fonctionné comme un mur de terrasse dans un environnement présentant un aspect très irrégulier. Dans ce cas, une sorte de marche incurvée se serait dressée en travers du chemin. Soit il s’agit d’un vestige appartenant à un premier bâtiment empiétant sur la rue, ce qui oblige à imaginer que le cheminent était à l’origine très tortueux.

À ces premières phases d’aménagements, il faut aussi associer un mur situé plus au sud et un escalier en partie dégagé. Cet escalier atteste que, dans cet état, la partie sud était aménagée au sommet d’une sorte de petite terrasse. Au niveau de cette dernière, l’angle d’un bâtiment a pu être observé au côté ouest (B 142). Il faut alors restituer un chemin occupant le fond d’une cuvette et qui était bordé de bâtiments situés en contrehaut.

Par la suite, tout l’espace compris entre le haut de l’escalier et le muret monumental longeant la rue a été remblayé. Au sommet est alors construit un nouveau bâtiment dont l’essentiel de l’emprise a été dégagé (B140). Rectangulaire, il mesurait environ 4m50 x 5 m, et une cloison interne a été repérée, au sein de laquelle un seuil peut être identifié. Cette cloison était très certainement constituée de matériaux périssable en partie haute. Elle isole une pièce d’environ 8 m2 dans la partie ouest, pièce qui ne semble pas communiquer directement avec l’extérieur. Aucun accès à ce bâtiment n’a en fait été repéré, soit qu’il se situe dans la partie non dégagé, soit que le seuil ait à l’origine été implanté très haut. À l’intérieur des deux pièces, le sol était constitué de niveaux de terre battue.

Ce bâtiment était bordé d’un passage sur son flanc est, à l’emplacement de l’ancien escalier. Au sud, une maçonnerie grossière bloque le passage entre B140 et le bâtiment B142 : soit ce secteur était occupé par une impasse peu profonde, soit la maçonnerie correspond à une simple marche (elle a été observée sur une hauteur de 50cm environ).

Dans son aspect tardif, le secteur était donc caractérisé par la présence de plusieurs bâtiments, apparemment assez modestes, entre lesquels existaient des espaces de circulation. Deux d’entre eux paraissent alignés de part et d’autre d’une voie assez large. L’ensemble pourrait bien correspondre à un souk. Toutefois, aucun aménagement spécifique ne permet de l’assurer. Le matériel récolté n’est pas assez caractéristique pour y reconnaître le reflet d’une activité clairement définie. L’hypothèse devra donc être confirmée par la réalisation d’une fouille plus extensive.

Il faut enfin relever que le matériel retrouvé dans les niveaux d’effondrement de B140 était associé à un sédiment très organique, notamment caractérisé par la présence de bois décomposé – vestige de la toiture ? – , et qu’il était assez abondant.

Enfin, une grande fosse à la fonction est à la datation indéterminées est ensuite venue recouper toute une partie de ce secteur.

Campagnes